Art et pouvoir en terres d'Islam

Présentation
Les monuments et les œuvres conservés, comme les innombrables sources historiques et littéraires, permettent de restituer les principales expressions du pouvoir en Islam: importance de la généalogie, titulatures, monnayage, insignes et vêtements, protocole et cérémonies, architecture et faste princier. Les objets de luxe, tant par leur préciosité que par leur abondance, et les inscriptions qui les décorent souvent, participent de la légitimation, de la célébration et de la propagande du pouvoir. L’image du prince est d’abord limitée à une figure et une mise en scène stéréotypées et anonymes – abstraite jusque dans la figuration, voire présente uniquement à travers des symboles ou une titulature inscrite. Elle évolue à la période moderne, sous l’influence européenne, vers un véritable portrait individualisé, depuis la Turquie ottomane jusqu’en Inde moghole. La figure royale est représentée sur des vaisselles de métal ou de céramique fine, dans les peintures de manuscrits, mais aussi sur les fresques murales des palais, dans tous les aspects de la vie de cour: scènes de majesté, cérémonies, batailles ou délassements. La prégnance des modèles préislamiques – philosophie, histoire, sagesse et astrologie issues des traditions grecque, persane et indienne – nourrit dès les premiers siècles une littérature de « miroirs des princes » et une culture de l’élite qui, avec l’affirmation de la piété du souverain, constituent les fondements de la représentation artistique du pouvoir.
Parcours
Denon, entresol. Arts de l'Islam. 

 

Vantail de porte d’un palais califal, vers 836

Samarra (Irak)

Bois (teck), décor sculpté, 240,5 × 56,8 × 7,5 cm

Musée du Louvre

Les califes abbassides fondent en 836 une nouvelle capitale impériale, Samarra, au nord de Bagdad, qui se distingue par le gigantisme de ses monuments. Les intérieurs des riches demeures et les palais étaient recouverts de peintures, de mosaïques, de tentures et de décors tapissants en stuc moulé ou sculpté, aux motifs végétaux stylisés rendus presque abstraits. Ce style raffiné s’illustre sur ce vantail en bois précieux importé, dont le motif exact reprend celui d’autres décors du palais Dar al-Khalifa à Samarra.

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois

Denon, entresol. Arts de l'Islam. 
 
 
 

Pyxide d’Al-Mughira, 968

Espagne, probablement Madinat al-Zahra (près de Cordoue)

Ivoire sculpté, traces de jais

H.: 16 cm ; D.: 11,8 cm

Musée du Louvre

Cette pyxide (boîte) appartient à un ensemble d’objets en ivoire réalisés au 10e siècle pour la famille des califes omeyyades d’Espagne. Œuvre emblématique du luxe de cette cour, le sujet représenté, complexe, a suscité bien des interprétations. Destinée à un potentiel prince héritier, Al-Mughira, elle semble exalter la dynastie, symbolisée par les faucons et le palmier, et renvoyer à des références littéraires et culturelles multiples. Dans une scène, un personnage assis porte un sceptre tressé et un flacon de parfum, symboles du pouvoir. 

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois

 

Denon, parterre. Arts de l'Islam. 
 

Coupe au prince en trône, vers 1175-1215

Iran

Céramique, décor de barbotine, émaux de petit feu sur glaçure, rehauts d’or, H. : 9,6 cm ; D.: 21,1 cm

Musée du Louvre

Suivant une iconographie royale qui naît en Iran à la fin du 12e siècle, un prince assis en tailleur sur un trône bas soutenu par des animaux – souvent des lions, ici des paons – porte une coupe, «miroir du monde», symbole de souveraineté, et est entouré de deux membres de sa suite. Les sept cavaliers passant sur le pourtour renvoient aux sept planètes, tandis que le prince au centre fait figure de soleil, selon une iconographie astrologique liée au pouvoir royal également répandue à cette époque.

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois

Denon, parterre. Arts de l'Islam. 

 

 

Vase au nom d'un sultan, dit "Vase Barberini", 1237-1260

Syrie, probablement Damas

Alliage cuivreux martel, décor repoussé, gravé, incrusté d'argent et de pâte noire

D: 36 cm 

Musée du Louvre

Cette pièce exceptionnelle a été réalisée pour le sultan Al-Nasir Salah al-Din Yusuf qui régnait alors en Syrie. L'utilisation de ce vase, unique par sa forme, est difficile à interpréter, mais son décor est caractéristique des objets princiers en métal incrusté fabriqués au 13e siècle ; Au centre de la panse et sur le col, de belles inscriptions déroulent les titres honorifiques du sultan, ainsi que des voeux à son adresse. Des médaillons contiennent des scènes liées à l'art de la chasse. 

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois

 
Denon, parterre. Arts de l'Islam. 
 

Signé Muhammad ibn al-Zayn: Bassin dit « Baptistère de Saint Louis », vers 1330-1340

Syrie ou Égypte

Armes de France: Paris, 1821

Alliage cuivreux, décor gravé, incrusté d’argent, d’or et de pâte noire

H.: 23,2 cm ; D. max.: 50,5 cm

Musée du Louvre 

Ce bassin aux riches scènes figuratives, inhabituelles pour la période des sultans mamelouks (1250-1517), dépeint une procession d’émirs occupant des charges à la cour, convergeant vers un prince cavalier, tandis qu’à l’intérieur se déploie une scène de bataille. Le bassin est présent dans les inventaires des collections royales françaises dès le milieu du 15e siècle. Il servit au baptême du futur Louis XIII en 1606, comme avant lui d’autres enfants royaux et princiers. Au 18e siècle, il fut associé au roi Saint Louis (1214-1270), parti pour la Croisade en Orient. 

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois

Denon, parterre. Arts de l'Islam. 

 

Deux carreaux à décor inscrit et historié, vers 1275-1280

Takht-e Sulayman (Iran)

Céramique, décor moulé et peint de lustre métallique, rehauts de couleur, 30,4 × 30,3 cm et 19,6 × 20,3 cm

Paris, musée du Louvre

Dépôt du musée des Arts décoratifs

Le palais de Takht-e Sulayman (Iran) fut bâti par les nouveaux souverains mongols sur un sanctuaire d’époque antéislamique. Il s’agissait ainsi de renforcer leur légitimité en les inscrivant dans la lignée des grands souverains de l’Iran ancien, célébrés dans le long récit épique du Livre des Rois (Shahnama), rédigé en persan vers l’an mil. Des frises de carreaux de céramique y déployaient des extraits et des illustrations de cette épopée, qui continua à inspirer les artistes et les princes aux siècles suivants.

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois
 
Denon, parterre. Arts de l'Islam. 

 

Clef de la Kaaba au nom du sultan mamelouk Faraj ibn Barquq, 1399-1412 (dates du règne du sultan)

Signée sur l’extrémité crantée: Husayn

Égypte (?)

Alliage ferreux damasquiné d’or et d’argent, 34 × 10,3 cm

Musée du Louvre

Depuis les premiers temps de l’Islam, les califes puis les grands souverains avaient le privilège de l’entretien et de l’embellissement des lieux saints, en Arabie, de La Mecque et Médine. L’envoi régulier de clefs et cadenas ainsi que de voiles extérieurs et intérieurs pour la Kaaba, édifice cubique au centre du sanctuaire de La Mecque, en était la première expression. C’était un moyen d’affirmer leur souveraineté et leur primauté, en même temps que leur foi et leur position à la tête de la communauté des croyants. 

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois

Denon, parterre. Arts de l'Islam. 
 

 

Plats de reliure aux scènes de cour, vers 1560-1588

Iran du Nord-Est (?)

Carton, cuir, pigments et or sous vernis, 32 × 20 cm (chaque plat)

Paris, musée du Louvre

Dépôt du musée des Arts décoratifs

Sur les plats d’une même reliure, deux moments archétypaux de la vie princière se répondent, dans un cadre paysager rappelant le goût des princes iraniens pour les jardins et les cours itinérantes. Une scène mouvementée de chasse, notamment la chasse au lion, privilège royal, contraste ainsi avec l’atmosphère paisible qui environne le souverain trônant sous un dais, en conversation avec un sage. Un diptyque à lire comme la réunion équilibrée de la réflexion et de l’action, image idéale du prince. 

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Raphaël Chipault

Denon, parterre. Arts de l'Islam. 

 

Lame de sabre du sultan Soliman le Magnifique, 1533-1534

Istanbul (Turquie)

Acier damassé damasquiné d’or, 92 × 14,2 cm

Musée du Louvre

Attribut essentiel du souverain en Orient comme en Occident, l’épée ou le sabre figure souvent à son côté, symbolisant la noblesse guerrière mais aussi la justice et l’autorité. Ce sabre au nom du souverain de l’Empire ottoman, Soliman le Magnifique (1520-1566), réputé pour son adresse dans le maniement des armes, porte une inscription déroulant ses titres et une citation coranique sur le thème de Dieu omnipotent. Elle pourrait avoir été réalisée spécialement pour une campagne militaire couronnée par la prise de Tabriz.

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois

 

Louvre-Lens. « Galerie du temps »

 

 

Attribué à Mihr Ali (actif entre 1795 et les années 1830 : Portrait de Fath Ali Shah, vers 1800-1806

Téhéran (Iran)

Huile sur toile, 227,5 × 131 cm

Paris, musée du Louvre

Dépôt du musée de Versailles

(exposé au Louvre Lens)

Sous l’impulsion du souverain iranien de la dynastie, qajar Fath Ali Shah, un type de portrait officiel, adoptant la technique européenne du grand tableau peint à l’huile sur toile, prend son essor en Iran. La fenêtre ouverte sur un paysage et le lourd rideau empruntent également aux conventions européennes, mais la perspective est maladroite et l’accent est mis sur la magnificence du trône et du costume royal, rehaussé de joyaux célèbres. Le portrait fut offert en 1806 à l’orientaliste Amédée Jaubert, envoyé de Napoléon auprès du roi de Perse. 

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Hervé Lewandowski