Empereurs de Rome

Présentation
Fondée selon la tradition en 753 avant J.-C., Rome est d’abord dirigée par des rois. Le dernier d’entre eux, Tarquin le Superbe, est chassé en 509 avant J.-C., à la suite d’abus de pouvoir et d’un scandale de mœurs. Les Romains en conserveront une aversion et un mépris tenaces pour tout ce qui évoque la monarchie. La République qu’ils instaurent n’est pas une démocratie au sens moderne, mais un partage des pouvoirs (les magistratures) entre les mains d’une aristocratie dont les membres accèdent à diverses charges par le jeu du suffrage censitaire. Ce régime va permettre à Rome d’étendre progressivement sa domination à la péninsule italienne, l’Afrique du Nord, l’Occident, puis l’Orient méditerranéen. Au 1er siècle avant J.-C., le régime républicain ne parvient plus à satisfaire la majorité des citoyens, dont le nombre a crû dans des proportions sans précédent. De grands chefs, conquérants prestigieux, habiles politiciens, riches hommes de parti, tels Sylla, Pompée ou César, déséquilibrent les institutions. Ils obligent, par la guerre civile s’il le faut, les institutions à se plier à leurs ambitions. Le fils adoptif de César, Octave, parvient à installer un nouveau régime dans le dernier quart du 1er siècle avant J.-C. L’équilibre entre le pouvoir d’un seul individu, l’empereur – qu’à Rome on appelle le princeps (« le premier ») –, et le Sénat est alors nettement défini et généralement respecté aux premiers siècles de l’empire. L’enjeu pour les empereurs est de maintenir les apparences du régime républicain tout en conservant l’unité de l’empire. Leur image, diffusée partout, leur autorité sans cesse rappelée, la dimension religieuse de leur pouvoir et de leur personne sont le ciment d’un empire multiculturel, multilingue et extraordinairement divers. L’action de l’empereur, notamment dans le domaine des arts, aboutit à un fonds culturel commun à l’Occident comme à l’Orient. L’unité de l’empire suppose également la défense des provinces et l’engagement des empereurs à la tête d’une armée romaine qui est aussi un ferment d’unité.
Parcours

Denon, rez-de-chaussée. Galerie Daru. 

 

L’EMPEREUR CONQUERANT

Statue à l’effigie de Trajan (empereur de 98 à 117)

Tête: vers 108-117

Corps découvert à Gabies, près de Rome, en 1792-1793

Marbre, H.: 2,04 m

Musée du Louvre

Équipé de sa cuirasse et du manteau pourpre – le paludamentum –, l’empereur s’inscrit dans la lignée des viri triumphales, les généraux triomphants de la République. Sur le corps de cette statue, retrouvée sans tête, on a placé au 18e siècle une tête de Trajan: modèle de l’empereur conquérant, il adjoignit à l’empire le territoire des Daces – en actuelle Roumanie. Toutefois, la figure de l’empereur cuirassé est plus souvent celle du garant de la paix et de la stabilité des frontières de l’empire.

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

 

 

 

L'EMPEREUR, PREMIER DES SENATEURS 

Statue à l’effigie de Tibère (empereur de 14 à 37)

Tête: vers 17-37

Tête découverte à Capri

Marbre, H.: 2,08 m

Muisée du Louvre

Quand il n’est pas équipé de sa cuirasse, l’empereur se présente vêtu de la toge, vêtement officiel du citoyen romain dans l’exercice de ses charges civiles. Ici, Tibère n’apparaît que comme le princeps, le premier des sénateurs, titre officiel des empereurs. Les magistratures de la République sont conservées, tels la censure ou le consulat, et les empereurs peuvent les assumer à leur guise. Ils cumulent également les pouvoirs des anciens tribuns de la plèbe – la puissance tribunicienne – renouvelée tous les ans.

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Denon, rez-de-chaussée. Salle romaine. 

 

L'EMPEREUR, NOUVEAU ROI ?

Tête d’Octave-Auguste (empereur de 27 av. J.-C. à 14 apr. J.-C.), vers 29 av. J.-C.

Italie

Marbre, H.: 37,5 cm

Musée du Louvre

En 31 avant J.-C., Octave vainc son dernier rival, Marc Antoine, à Actium. Après avoir conquis l’Égypte, il rentre à Rome en 29 avant J.-C. et célèbre trois jours de triomphe. C’est alors qu’est mis au point le type représenté par le portrait du Louvre: Octave n’a que trente-quatre ans, mais son visage reflète certains traits de maturité chers à l’aristocratie romaine. Plutôt qu’imiter les traits du conquérant Alexandre le Grand, comme d’autres avant lui, Octave cherche ainsi à rassurer le Sénat sur ses intentions.

© 2006 Musée du Louvre et AFA / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

 

 

FONDATION D'UNE DYNASTIE

Fragment de l’Autel de la Paix, 13-9 av. J.-C.

Rome

Marbre, H.: 1,14 m

Musée du Louvre

En 27 avant J.-C., un équilibre des pouvoirs est atteint: Octave adhère aux principes de tolérance, de respect du droit, des institutions et de la religion. En échange, le Sénat lui accorde certains honneurs, tel le nom d’Auguste. Surtout, le Sénat admet le régime dynastique: sur le relief de l’Autel de la Paix, offert par le Sénat en 13 avant J.-C., la famille d’Auguste occupe une place égale à celle des notables romains. On y voit des femmes et des enfants, parmi lesquels les successeurs désignés d’Auguste.

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Thierry Ollivier

Denon, rez-de-chaussée. 

 

L’EMPEREUR ET LES PROVINCES

Buste d’Auguste dédié par le Gaulois Atespatus, vers 14 apr. J.-C.

Découvert à Neuilly-le-Réal (Allier), en 1816

Bronze, H.: 18,5 cm

Musée du Louvre

Chef politique et militaire, l’empereur est également grand pontife, chef de la religion traditionnelle. Il entretient un rapport particulier avec le divin et est aussi mêlé aux cultes privés ou familiaux. Dans l’Allier, le Gaulois Atespatus a offert à une divinité deux bustes de Livie et d’Auguste, témoignages d’un attachement religieux ressenti bien au-delà de Rome, parfois incarné dans des formes artistiques locales et émanant souvent des catégories très humbles de la population.

© 2006 Musée du Louvre et AFA / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

 

 

L'EMPEREUR ARCHITECTE

Relief historique : scène de divination et cortège impérial, vers 100-125 apr. J.-C.

Découvert à Rome, près des marchés de Trajan, vers 1540

Marbre, H.: 1,64 m (Ma 978) et h: 1,70 m (Ma 1089)

Musée du Louvre

Découvert près des marchés qui bordent le forum de Trajan (98-117), ce relief montre avec quelle luxe sont parés les monuments publics de la ville. Dans une basilique, sur un arc de triomphe ou dans un temple, ces sculptures mettent en scène des moments importants du règne de l’empereur, qui est dorénavant à l’origine de la parure monumentale de la cité. Non sans un certain conservatisme, elles le montrent, comme ici, dirigeant scrupuleusement les cérémonies de la vie civique ou de la religion traditionnelle. 

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Denon, rez-de-chaussée. 

 

EMPEREURS ET SUCCESSIONS

Portrait de Marc Aurèle jeune (empereur de 161 à 180), vers 138

Découvert à Gabies, près de Rome, en 1792-1793

Marbre, H.: 26.5 cm

Musée du Louvre

Malgré les excès de Caligula (37-41), de Néron (54-68) ou de Domitien (81-96), qui débouchent sur des assassinats, voire des guerres civiles, les empereurs se montrent modérés dans leur gouvernement. Au 2e siècle, pour préparer leur succession, ils désignent leur héritier en adoptant le plus capable dans leur entourage. Ainsi, en 138, l’empereur Hadrien (117-138) demande à son fils adoptif et futur empereur Antonin le Pieux (138-161) d’adopter à son tour Marc Aurèle, alors âgé de dix-sept ans.

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec

 

 

 

LES EMPEREURS ET LA CRISE DU 3EME SIECLE

Buste de Septime Sévère (empereur de 193 à 211), après 204 apr. J.-C.

Italie

Marbre, H.: 73 cm

Musée du Louvre

Septime Sévère arrive au pouvoir après une guerre civile où l’armée prétendait donner le titre impérial à qui lui promettrait les plus grande largesses. Les militaires, notamment la garde prétorienne, jouent un rôle croissant dans l’exercice du pouvoir. Marc Aurèle ou Septime Sévère, dont le buste apparaît ici cuirassé, passent tout leur règne en campagnes contre les peuples barbares dont la pression s’accentue aux frontières de l’empire. La capacité militaire devient une condition de la légitimité. 

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Thierry Ollivier

Sully, 1er étage.

 

LES EMPEREURS ET LES DEBUTS DU CHRISTIANNISME

Médaillon monétaire au solidus de Constantin (empereur de 306 à 337), vers 324-326 apr. J.-C. 

Sirmium (Serbie)

Or, D.: 9,2 cm

Musée du Louvre

Au début de l’Antiquité tardive, l’image de l’empereur reste portée sur des objets de grand luxe. La monnaie à l’effigie de Constantin et sa monture composaient probablement un cadeau offert par l’empereur ou un membre de sa famille. Nouvelle unité monétaire, le solidus rappelle le rôle économique joué par l’empereur dans un contexte de crise. La titulature Dominus noster correspond à l’autorité quasi divine qui est maintenant la sienne.

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Tony Querrec

 

LES VERTUS IMPERIALES

Paire de coupes à décor historique, vers 14 apr. J.-C.

Découvertes à Boscoreale , près de Pompéi, en 1895,

Argent, H.: 9,5 cm  et H.: 9,5 cm 

Musée du Louvre 

Chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie, les coupes de Boscoreale montrent que l’image impériale, dans le décor domestique, est liée aux notions de luxe, de prestige et de prospérité. Sur le plan divin ou humain, l’empereur manifeste des vertus essentielles: Auguste reçoit avec clémence la soumission de barbares et Tibère sacrifie aux dieux avec piété. À cette condition, Vénus apporte la Victoire à Auguste (27 av. J.-C. – 14 apr. J.-C.) et Tibère (14-37) célèbre la cérémonie du triomphe.

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski
Annexe