Entre monarchie et république : la représentation du pouvoir en France

Présentation
Cette piste de visite aborde trois thématiques : - Les codes et enjeux de la représentation du pouvoir régalien (monarchie d’Ancien Régime, premier empire, monarchie constitutionnelle). - La rupture intervenue avec la nouvelle représentation symbolique du pouvoir républicain. - Enfin la réminiscence du modèle antique de la représentation du pouvoir dont s’inspirent les artistes de ces différentes périodes. On pourra faire le choix de diviser la classe en groupes travaillant successivement sur chaque thématique, ou n’en abordant qu’une seule, la synthèse se faisant en classe après la visite.
Parti pris
On a privilégié une démarche comparative afin que la confrontation des œuvres nourrisse leur analyse. Le point d’entrée étant le XVIIIe siècle, les œuvres mises en regard ne suivent pas un ordre chronologique.
Public
Lycée : Seconde
Objectifs
- Interroger les œuvres d’art comme formes d’expression du pouvoir - Approcher la nature d’un régime politique par le prisme de sa relation avec la production artistique
Mots clefs
Absolutisme, Premier Empire, Monarchie constitutionnelle, République, Portait d’apparat, Allégorie
Activités
Prise de notes et de photos sur tablettes ou smartphones afin de poursuivre en classe un éventuel travail de restitution.
Parcours

Localisation (salle  4)

 

Glorifier le monarque absolu

Antoine-François Callet : Louis XVI, 1779, Huile sur toile, 166 x 130 x 1,5 cm, musée du château de Versailles

© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Il s’agit, par une analyse comparative de portraits en majesté de différents souverains, de mettre en évidence les codes de représentation du pouvoir monarchique  et les fonctions royales évoquées.

Dans ce portrait en pied de Louis XVI, on fera décrire la pose du souverain et son costume, identifier les insignes du pouvoir en les rapprochant de ceux exposés dans la même salle, observer le décor et l’effet recherché (estrade, trône, dais, rideau, colonne). Il s’agit d’une commande royale : quelle est l’intention, le message ? Idéalisation (roi symbolique) et/ou réalisme (portrait de la personne royale) ? De l’observation à l’analyse on mettra en évidence les procédés de mise en scène du pouvoir monarchique et de glorification du monarque absolu. 

 

Œuvres mises en réseau (salle 4)

 

 

France,  seconde moitié du 12ème16ème et 19ème siècles : éperons du sacre, trésor de l’abbaye de Saint-Denis

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Peter Willi

 

 

Epée du sacre dite de « Charlemagne » ou «  Joyeuse », pommeau : 10ème / 11ème   siècle ?, quillon : 12ème siècle

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Philippe Fuzeau

 

 

Sceptre de Charles V, 1364? - 1380, remontage et réfection par M.G Biennais en 1804

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

 

 

M.G Biennais : Main de justice, 1804

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Peter Willi

 

M.G Biennais Couronne dite de « Charlemagne », 1804

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

 

Poursuivre dans les collections permanentes

 

Hyacinthe Rigaud : Louis XIV, roi de France

1701, huile sur toile, 2,77 x 1,94 m, musée du Louvre

Localisation : Sully, 1er étage. Objets d'art, salle 34

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle 

 

La confrontation des deux portraits en majesté de Louis XIV et de Louis XVI met en évidence la construction d’un archétype du portrait d’apparat. Rigaud invente une image qui sacralise le roi et incarne l’absolutisme. Ce portrait- « formule » adopté par les successeurs de Louis XIV n’empêcha cependant pas la désacralisation progressive de l’image du roi au cours du XVIIIème siècle, visible dans le plus grand réalisme du portrait peint par Callet. 

Localisation : salle 2

 

Légitimer le roi par l’image

 

Frans Pourbus le Jeune : Henri IV (1553-1610), roi de France, en armure, vers 1610, 43 x 28 cm  

On rapprochera des deux précédents portraits, ce portrait officiel d’Henri IV en roi de guerre : posture altière, costume militaire, attributs rappelant sa fonction de roi guerrier pacificateur du royaume (cuirasse, heaume, épée, collier de l’ordre du Saint Esprit), décor fastueux. Avec le premier des Bourbons se fixent les normes du portrait officiel. Dans un contexte politique et religieux difficile, le pouvoir se légitime par l’image. Ce portrait réalisé peu avant son assassinat montre un roi incarnant avec fermeté l’autorité souveraine et assurant la stabilité monarchique. 

 

 

Localisation : salle  4

 

Concourir à la légitimité impériale

 

François Gérard : L’Empereur Napoléon 1er en costume de sacre, huile sur toile, 1805, 2,27 x 1,45m   

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Thierry Ollivier

Comparer ce portrait officiel commandé par l’Empereur au lendemain de son sacre et ceux de la monarchie des Bourbons permet d’approcher la nature d’un nouveau régime assumant le double héritage de la Révolution et de l’Ancien Régime. S’inscrivant dans la lignée des portraits royaux, ce portrait en pied reprend la formule mise au point par Rigaud : faste du costume et du décor (estrade, trône, dais, rideau). Cependant pour se démarquer de la monarchie, les insignes du pouvoir impérial supplantent les traditionnels régalia : couronne de lauriers, sceptre sommé de l’aigle jupitérien, couleur pourpre renvoient à l’Empire Romain ; globe emprunté à Charlemagne… Le décorum et la symbolique d’un pouvoir personnel sont réinventés afin d’être réintroduits. Largement diffusé par de nombreuses répliques, le portrait participe à la légitimation d’un pouvoir autoritaire. 

 

Imposer une nouvelle représentation du « roi-citoyen »

 

Franz-Xaver Winterhalter : Louis Philippe, huile sur toile, 263,5 x 189,5 cm, Musée du château de Versailles

Très différent des portraits d’apparat précédemment analysés, ce portrait officiel traduit la rupture institutionnelle née de la révolution de 1830. Pas de majesté ou de faste dans le décor ou le costume. Roi des Français,  Louis-Philippe tient son pouvoir de la Nation et n’a pas été sacré. Il a prêté devant la représentation nationale serment de fidélité à la charte instituant une monarchie constitutionnelle. On relèvera la traduction de ces éléments dans la représentation du souverain : l’uniforme de lieutenant général remplace le costume de sacre, les régalia rappelant la dignité royale sont sur la table à l’arrière-plan. L’accent est mis sur ce qui résume le nouveau régime : la main droite que pose le souverain sur la charte de 1830. La cocarde tricolore ornant son bicorne évoque le nouvel emblème national. 

 

Figurer la République et ses valeurs

 

Joseph Chinard : La République, 1794, terre cuite, O,35 x 0,27 x 0,16 m   

Avec la révolution le peuple fait irruption à la fois dans le jeu politique et dans la production artistique. En même temps que s’élaborent de nouveaux modèles politiques,  des images inédites se créent pour les représenter. Afin de mettre à la portée de tous les idées abstraites de République, liberté, égalité, justice, les artistes puisent dans le langage allégorique. Ils participent à la mise en scène de ces idéaux lors de fêtes et cérémonies officielles investissant l’espace public et privilégiant la statuaire, un art à vocation populaire. C’est dans ce contexte de fièvre révolutionnaire que fut produite cette maquette pour un monument public en l’honneur de la République. On fera observer le caractère majestueux de la figure féminine vêtue à l’antique, les emprunts à l’allégorie de la Liberté (bonnet phrygien), la richesse de l’iconographie pour traduire lisiblement les valeurs républicaines. La République dévoile de la main droite la table des Droits de l’homme, couvre de sa main gauche par une branche de chêne la table des lois de la Constitution de 1793. Au revers une massue couronnée de feuilles de chêne (force), un faisceau de licteurs autour duquel s’enroule un serpent (éternité) et les inscriptions « Liberté », « Union » et « Force ». La République garantit les droits fondamentaux du peuple. 

 

Localisation : salle 3

 

Emprunter au modèle antique du triomphateur

 

François Girardon : Louis XIV, réduction de la statue équestre de 1692 et érigée en 1699 place Vendôme, 1,02 x 0,98 x 0,50m

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Thierry Ollivier

 

Il s’agit d’enrichir la visite en montrant la diversité des images produites par l’art régalien et la variété des sources d’inspiration. Le portrait équestre renvoie au modèle antique redécouvert avec la Renaissance et à la statue de Marc-Aurèle, seule statue équestre de l’Antiquité conservée. On fera relever les références à la représentation de l’imperator victorieux de ses ennemis : vêtu à la romaine, le roi pointe son index vers le lointain dans un geste souverain tandis que sa monture foule les armes de l’ennemi. L’image d’un monarque triomphant sans armes (pas de bâton de commandement) par sa seule autorité naturelle et investissant l’espace urbain (actuelle place Vendôme) sera jugée assez forte pour être détruite à la Révolution.

 

 

Localisation : salle  4

 

S’inspirer du modèle antique de la déesse poliade

 

Entête de décret, vers 410 avant J.-C., Athènes, marbre du mont Pentélique

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

La confrontation de cette œuvre avec La République de Chinard présentée dans la même salle met en évidence les sources d’inspiration des artistes répondant à la nécessité de faire émerger une iconographie nouvelle. Les valeurs républicaines s’incarnent le plus souvent dans des figures féminines qui renvoient aux déesses grecques. Ainsi l’allégorie de la République est l’héritière d’Athéna, déesse tutélaire de la cité d’Athènes, qui symbolise le démos ou peuple athénien. La cohésion de la cité s’exprime à travers le culte qui lui est rendu. De même la figure de la République a vocation à rassembler tous les citoyens français. On notera enfin l’importance de l’épigraphie dans la statuaire révolutionnaire, rappel des inscriptions antiques.

 

Activité : analyse des portraits de présidents

 

 

Au titre de prolongement de la visite, dans le cadre de l’enseignement d’exploration « Littérature et société » ou de l’enseignement de l’histoire des arts, on complètera l’analyse des portraits officiels des souverains par celle des portraits photographiques des présidents de la République afin de mettre en évidence les évolutions et continuités des codes de représentation. Un feuilletoir présenté dans la salle 4 permettra d’initier le travail.

 
Activité : détournement d'images

 

Dans le cadre de l’enseignement de l’histoire des arts, on abordera la représentation du pouvoir, par le détournement d’images iconiques de présentes dans la mémoire collective contemporaine.

1/ Télescopages d’images 

Quelle image subsiste-t-il des figures royales incarnant l’absolutisme des Bourbons ? Le roi et sa maitresse, le roi et son premier ministre, le roi et son emblème…

http://www.noarnito.fr/folder/47

 

2/ Réemploi et détournement d’une image officielle

Le sacre d’une nouvelle forme d’art non officiel : le graffiti, art de la rue (Taki 183, graffitiste new-yorkais).

Le Sacre du graffiti, Blek le rat - © Sybille Prou 

 

Interroger l’héritage de Napoléon, entre apologie et critique, Sans titre, C215

 

 

 

3/ Figures de la Liberté hier et aujourd’hui

De la citation…

Comment les street artistes s’approprient-ils une représentation iconique ?

http://www.street-art-avenue.com/2016/03/zag-sia-hommage-a-delacroix-paris-13-13916

… à la création

Ou comment représentent-ils les mêmes valeurs en renouvelant les codes.

http://www.streetart13.fr/

La République, Joseph Chinard (Lyon, 1756- Lyon, 1813) - Terre cuite Musée du Louvre

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hervé Lewandowski

 

4/ Ouverture

Le Street art versus l’art officiel : apologie ou critique du pouvoir ?

Quand l’expression libre précède la commande, un portrait de rue qui devient une affiche de campagne.

https://obeygiant.com/obama-hope/

Quand l’image satyrique sert un message contestataire.

Anonyme, CG

 

Ressources complémentaires
Bibliographie

Histoire des arts avec le Louvre. Sous la direction de M Cassan. Co-édition Louvre Hatier. 2010.