Le roi, maître des arts

Présentation
Après des années de troubles religieux et de guerres intestines, Henri IV s’impose à la fi n du 16e siècle comme roi victorieux et pacificateur de son royaume. Soucieux de diffuser cette image, il encourage le renouveau des arts et multiplie les chantiers dans ses résidences et jardins (Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye) et à Paris (« Grand Dessein » du Louvre). Cette politique liant étroitement les arts et la figure royale se poursuit après 1610 sous la régence de Marie de Médicis, sa veuve, sous Louis XIII, puis sous la régence d’Anne d’Autriche, mère du jeune Louis XIV. Elle joue un rôle crucial de légitimation du pouvoir royal dans les périodes sensibles de minorité du roi, notamment sous la Fronde, révolte nobiliaire qui prend la forme d’une crise de croissance de l’absolutisme. Louis XIV, durant son long règne personnel (1661-1715), s’impose comme centre rayonnant de ce théâtre du pouvoir. Extrêmement sensible aux arts figurés, à l’architecture, à la musique, c’est un roi mécène, et artiste. S’appuyant sur Jean-Baptiste Colbert, nommé « surintendant ordonnateur général des bâtiments, arts, tapisseries, manufactures de France » en 1664, il s’entoure des plus grands artistes comme le peintre Charles Le Brun, et construit un véritable système des arts, reposant notamment sur la mise en place des académies. L’Académie de peinture et de sculpture, créée en 1648, est au centre des attentions royales, alors que l’Académie de France à Rome, fondée en 1666 sous l’impulsion de Colbert, devient le passage obligé des jeunes artistes prometteurs. Le chantier gigantesque de Versailles, palais tout entier dédié à l’exaltation de la figure du roi, fournit aux artistes des décennies de commandes. Les manufactures, comme celles de la Savonnerie ou des Gobelins, produisent en abondance tapis, tapisseries, meubles et objets précieux nécessaires aux ameublements. À la fin du règne, Marly, résidence champêtre réservée aux intimes, fait figure d’espace de liberté pour le roi qui y exprime son goût personnel, et fait peupler le vaste parc d’une multitude de statues.
Parcours
Richelieu, rez-de-chaussée. Sculptures françaises, 5e-18e siècle

 

Matthieu Jacquet : La Bataille d'Ivry et la Reddition de Mantes, 1597-1601

Matthieu Jacquet (Avon, vers 1545 – Paris, vers 1611)

Marbre

Musée du Louvre

Henri IV est représenté à cheval, roi victorieux rétablissant la paix de son royaume à la fin des guerres de Religion, lors d’une bataille décisive contre la Ligue (parti catholique). Ce relief faisait partie de la « Belle Cheminée » commandée au sculpteur Matthieu Jacquet en 1597 pour orner la grande salle du château de Fontainebleau, décor monumental à la gloire du premier Bourbon démantelé en 1725. Il ornait le centre de la frise au-dessus de l’âtre, aux côtés de six autres reliefs également conservés au Louvre. 

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda

           

 
Simon Guillain : Monument du pont au Change à Paris, élevé à la gloire de Louis XIV, 1643-1647

Simon Guillain (Paris, 1589-1658)

Bronze et pierre

Paris, Musée du Louvre

À la mort de son père Louis XIII, le jeune roi Louis XIV n’a que cinq ans. Un des premiers grands monuments royaux de la capitale est érigé en son honneur à l’extrémité du pont au Change. Ce monument, démembré en 1787 (ou 1791 ?), montrait le jeune roi entre ses parents le roi défunt et la reine-mère Anne d’Autriche, dont il légitimait symboliquement la Régence. Outre les trois figures de bronze, le Louvre conserve un grand relief en pierre orné de figures de captifs, qui formait la partie basse du monument. 

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Pierre Philibert

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda

 

Jean Rousselet : La Poésie et la Musique célébrant la gloire du roi Louis XIV, 1686

Jean Rousselet (Paris, 1656-1693)

Marbre, 92 × 72 × 8 cm

Musée du Louvre

Ce bas-relief est le morceau de réception du sculpteur Jean Rousselet, présenté à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 28 juin 1686. Il fait partie de la deuxième série des morceaux de réception, célébrant sous forme d’allégories le règne glorieux de Louis XIV. Les figures de la Poésie, une plume à la main, et de la Musique, les doigts sur une lyre, tournées l’une vers l’autre, semblent composer une ode au roi mécène, dont la présence est évoquée par un buste au regard bienveillant.

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

 

 Jean Arnould ou Regnaud : Les Magnifiques Bâtiments de Versailles, vers 1686

 

Jean Arnould ou Regnaud (connu en 1685-1687)

Pierre Le Nègre, fondeur (actif de 1682 à 1699)

Bronze

D : 77,5 cm ; Pr : 7 cm  [dimensions à ajuster]

Musée du Louvre

Ce médaillon fait partie du vaste ensemble de bronzes qui ornait, sous le règne de Louis XIV, la place des Victoires à Paris, sur le piédestal d’une grande statue du roi, fondue à la Révolution, ainsi que sur de grands pylônes d’éclairage, détruits dès 1718. Ce médaillon, provenant du décor d’un pylône, évoque le roi bâtisseur, mécène et amis des arts, à travers la construction du château de Versailles, ainsi que les énormes travaux hydrauliques menés pour permettre les jeux d’eau des fontaines du parc.

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda / Thierry Le Mage

 

Antoine Coysevox : La Seine, 1698-1707

Antoine Coysevox (Lyon, 1640 – Paris, 1720)

Marbre, 2,78 × 1,40 × 1,03 m

Musée du Louvre

Marly, résidence champêtre de Louis XIV au sein d’un vaste parc orné de statues et jeux d’eau, est le chef-d’œuvre voulu par un roi artiste à la fin de sa vie. La Seine, l’une de ses plus célèbres sculptures, est représentée sous les traits d’un dieu-fleuve, aviron à la main, accompagné d’un satyre enfant attrapant des grappes de raisin. Elle fait partie d’un ensemble de quatre groupes commandés à Coysevox pour le décor de la «Rivière», évocation allégorique des fleuves du royaume

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Thierry Le Mage

 

Richelieu, 1er étage. Objets d'art. 

 

Jean Ménard, dit Il Franciosino (vers 1525-1582) : Plateau de table 

Marbre blanc, incrustations de marbres de couleur provenant pour la plupart de remplois antiques

Musée du Louvre

Dans une épaisse dalle de marbre, les compartiments sont creusés pour recevoir les morceaux de marbres antiques de différentes couleurs. Ménard fut l’un des créateurs à Rome de cette technique. Ses prestigieuses créations pour les Farnèse incitèrent Catherine de Médicis à le rappeler à Paris en 1579. Lui-même et ses héritiers travaillèrent pour la Couronne: son gendre Guillaume Poiret réalisa sous Henri IV le splendide décor de marbre de la salle des Antiques au Louvre (1604-1608), aujourd’hui disparu. 

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Droits réservés

Manufacture des Gobelins, Le Jardin des Plantes,

Atelier de Jean de La Croix (1662-1712) sur un carton de Charles Le Brun

Pièce de la tenture des Maisons royales

Tapisserie de basse lisse, laine et soie, 3,18 m × 1,99 m

Le Jardin des plantes à Paris fut inauguré sous Louis XIII, en 1640. Jean-Baptiste Colbert en réforma l’administration sous Louis XIV : c’est à ce titre qu’il apparaît dans la tenture des Maisons Royales. Ce cycle de douze compositions imaginées par Charles Le Brun célèbre le roi à travers ses résidences: chacune est associée à un signe du zodiaque et évoque à travers un lieu un moment de la vie de la Cour, au rythme de l’année. La tapisserie du Jardin des plantes porte le signe de la Vierge (mois de septembre).

 

 

Manufacture des Gobelins: Guéridon, 1669

Philippe Caffiéri (1634-1716) sur un dessin de Charles Le Brun?

Bois sculpté et doré, bronze doré, porphyre, H.: 91,5 cm; D.: 142,5 cm

Musée du Louvre

Le plateau de cette table est taillé dans une grande dalle de porphyre rouge, un matériau associé depuis l’Antiquité par sa couleur à la majesté de l’empereur. Louis XIV rassembla à Versailles la plus importante collection jamais constituée d’objets conçus dans ce matériau hautement symbolique. Ce plateau, antique, provient de la collection du surintendant Nicolas Fouquet, qui paya chèrement son ambition. Il fut monté sur ce piètement dessiné pour lui à la manufacture des Gobelins.

 

 

Manufacture de la Savonnerie: Tapis destiné à la Grande Galerie du Louvre, 1668-1669

Laine et lin, 8,90 × 4,90 m

Musée du Louvre

La fabrication de tapis à Paris fut encouragée par Henri IV puis Louis XIII. Sous Louis XIV, la manufacture de la Savonnerie passa sous le contrôle de Charles Le Brun. Sa création la plus spectaculaire est la série de grands tapis destinés au Louvre, tout d’abord à la Galerie d’Apollon, puis à la Grande Galerie. Pour cette dernière, plus de cent tapis furent fabriqués, mais jamais mis en place. Utilisés dans les autres résidences ou offerts en cadeau diplomatique, ils manifestaient le savoir-faire des manufactures du royaume.

 

 

Manufacture des Gobelins: Plateau de table, vers 1680?

Marqueterie de pierres dures: jaspe, agate, sardoine, améthyste, lapis-lazuli, smaragdite, marbres de couleur sur un fond de calcaire carbonifère dit marbre noir de Belgique, 134,4 × 102 cm

Musée du Louvre

Sur le modèle des ateliers des grands-ducs de Toscane, Louis XIV voulut avoir à Paris une manufacture de mobilier de luxe. Elle fut créée au sein de la manufacture des Gobelins, grâce à la venue de Florence d’artisans spécialisés. Charles Le Brun y conçut un nouveau style décoratif qui célèbre symboliquement le souverain et s’applique à tous les arts. Il prête ici au Roi-Soleil la lyre, l’attribut d’Apollon, mais évite toute ambiguïté par la multiplication des fleurs de lis.

 

Richelieu, 2e étage. Peintures du Nord, 17e siècle. (Salle fermée jusqu'en janvier 2018.) 

 

Pierre Paul Rubens : Portrait de Marie de Medicis (1573-1642) en reine triomphante, 1622-1625

Pierre Paul Rubens (Siegen, 1577- Anvers, 1640)

Huile sur toile, 2,76 x 1,49 m

Musée du Louvre 

Rubens, le plus grand artiste du Nord de l'Europe dans la,première moitién du 17e siècle, a livré pour la Couronne de Franceun ensemble de tableaux à la gloire de la reine Marie de Médicis, installés au palais du Luxembourg, à Paris. Cette souveraine avait un pouvoir paradoxal: fille d'un grand-duc de Toscane, épouse d'Henri IV et mère de Louis XIII, sa régence (une fois Henri IV assassiné) s'est voulue pleine et entière, alors qu'elle était par nature dérivative... Obéissant à Marie de Médicis, Rubens l'a peinte triomphante, tenant une statue de Victoire et un sceptre, foulant aux pieds les armes (reine de paix). C'est aussi un portrait historié, en Minerve certainement-sans quoi la partielle nudité n'aurait pas été comprise par les spectateurs. 

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean Schormans

Adam-François Van der Meulen : Le Siège de Luxembourg , vers 1685

Adam-François Van der Meulen (Bruxelles, 1632 – Paris, 1690)

Huile sur toile, 2,21 × 4,00 m

Musée du Louvre

Le tableau a orné l’un des vestibules du pavillon royal du château de Marly, vestibules dans lesquels Louis XIV disposait des compositions monumentales de Van der Meulen reproduisant des vues topographiques de batailles et de sièges victorieux. Louis XIV appréciait le peintre pour la précision de sa touche, son naturalisme et son talent de paysagiste. Le siège de Luxembourg eut lieu en mai 1684 sur deux fronts. L’artiste représente ici la ville depuis le côté est. L’œuvre fourmille de détails. Le coloris est juste et intense avec un bleu éclatant dans le ciel.

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Franck Raux

 

Charles Le Brun : Alexandre et Porus, vers 1669-1673

Charles Le Brun (Paris, 1619-1690)

Huile sur toile, 4,70 × 12,64 m

Musée du Louvre 

La suite des Batailles d’Alexandre a été peinte par Le Brun pour Louis XIV, qui était fasciné, dans sa jeunesse, par la personnalité et la renommée du conquérant macédonien. Ces tableaux aux dimensions monumentales ont par la suite été à la manufacture royale des Gobelins. Alexandre et Porus met en scène le geste magnanime d’Alexandre, qui rend ses États au roi indien Porus, qu’il a vaincu au combat. Le sujet fait allusion à la grandeur d’âme de Louis XIV lui-même. Il a été rapproché de la première conquête de la Franche-Comté, rendue ensuite à l’Espagne, lors de la guerre de Dévolution (1667-1668).

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Droits réservés

 

Charles Le Brun : Le Portement de Croix, 1688

Charles Le Brun (Paris, 1619-1690)

Huile sur toile, 1,53 × 2,14 m

Musée du Louvre

Destinée à Louis XIV, cette peinture fut exécutée en 1688, soit deux ans avant la mort de l’artiste. Le tableau s’inscrit dans un cycle consacré par Le Brun à la vie du Christ. Il a été présenté dans le Petit Appartement de Versailles, l’appartement de collectionneur du roi de France, non loin de La Joconde. Le Brun saisit l’instant où le Christ s’effondre sous le poids de la croix, tandis que les bourreaux désignent Simon de Cyrène, au premier plan à gauche, pour la porter à sa place. Le cortège vient de sortir de Jérusalem, dont une des portes est représentée à droite, et se dirige vers le Golgotha, à gauche.

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Franck Raux

 

Pierre Mignard : Jesus sur le chemin du calvaire, 1684

Pierre Mignard (Troyes, 1612 – Paris, 1695)

Huile sur toile, 1,50 × 1,98 m

Musée du Louvre

Cette œuvre est une commande du marquis de Seignelay, fils de Jean-Baptiste Colbert et grand amateur de peintures. Louis XIV appréciait tant la toile que Seignelay la lui offrit. Le souverain présenta l’œuvre dans le lambris de son cabinet du Billard à Versailles. Il commanda un tableau en pendant à son premier peintre, Charles Le Brun, afin que celui-ci ne fût pas blessé : L'Elévation de croix (Troyes, musée des Beaux-Arts). Le tableau de Mignard est inspiré des compositions des grands maîtres bolonais admirés par Louis XIV, comme La Chasse de Diane du Dominiquin (Rome, galerie Borghèse).

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

 

Antoine Coypel: Eliézer et Rebecca, 1701

Antoine Coypel (Paris,1661-1722)

Huile sur toile, 1,50 x 1,98 m 

Musée du Louvre

Éliézer et Rébecca est une commande de Louis XIV pour remplacer le chef-d’œuvre du même nom de Nicolas Poussin (également au musée du Louvre). Le tableau de Poussin faisait partie du décor du cabinet du Billard à Versailles. Mais un réaménagement de la pièce en 1700 obligea à déposer la toile. Le roi décida alors de solliciter l’un des peintres les plus talentueux de la nouvelle génération pour illustrer ce thème. Coypel rivalise donc avec Poussin, infléchissant le classicisme de ce dernier par la théâtralité de son œuvre, au coloris très raffiné.

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

 

Hyacinthe Rigaud: Louis XIV, roi de France, 1701

Hyacinthe Rigaud (Perpignan, 1659 – Paris, 1743)

Huile sur toile, 2,77 × 1,94 m

Musée du Louvre

C’est le plus célèbre des portraits de Louis XIV. Il a été peint après l’accession de Philippe d’Anjou, petit-fils du roi de France, au trône d’Espagne en novembre 1700. Le tableau devait être envoyé à Madrid, mais Louis XIV l’admira tant qu’il le conserva et en commanda un second à Rigaud pour son petit-fils. Le souverain présenta l’original en dessus-de-cheminée dans le salon d’Apollon à Versailles. Louis XIV est peint en majesté, revêtu du manteau du sacre, portant le collier de l’ordre du Saint-Esprit, tenant le sceptre auprès de la couronne royale et de la main de Justice.

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Angèle Dequier

 

Annexe