Les Pharaons d'Egypte

Présentation
Autour de la figure de leur roi, les anciens Égyptiens ont élaboré un système théocratique dont l’absolutisme ne connaît que peu d’équivalents et qui, à n’en pas douter, a compté dans la longévité de la civilisation pharaonique. Le roi, en effet, a pour fonction primordiale de maintenir l’Ordre divin du monde, de prévenir le retour toujours possible du chaos dans l’ordonnancement parfait du cosmos tel que l’ont voulu les dieux. Il est en capacité de le faire car il est le fils de Rê et l’héritier du trône après que les dieux l’ont été eux-mêmes ; il le fait en étant le seul prêtre dans tous les temples d’Égypte, le seul habilité à entrer en contact avec la divinité pour lui présenter l’offrande garante de la bonne marche des choses. Sa vie tout entière est prise dans le carcan de rituels magiques et de protocoles de cour. À commencer par la liste programmatique de ses cinq noms, que composent des prêtres et qu’un dieu inscrit au calame sur les feuilles d’un arbre sacré d’Héliopolis : nom d’Horus, des Deux Maîtresses, d’Horus d’Or, de naissance et enfin de couronnement, les deux derniers inscrits dans un « cartouche » (selon la désignation inventée par Champollion), c’est-à-dire le lien qui entoure l’orbe du monde. On sait que le mot « pharaon » vient du mot Per-âa, « Grande Maison », de la même façon peut-être que nous disons « Maison Blanche ». Là est la théorie. Dans la pratique, les Égyptiens, conscients que leur roi est mortel et que son pouvoir peut être faible, délèguent à des prêtres la charge d’entretenir le culte. La conception qu’ils ont du monde en fait un tout organisé selon un plan voulu par les dieux, et c’est ce qui explique que l’Histoire n’y ait pas de rôle (les événements terrestres reproduisent un modèle divin). C’est ce qui explique également la place si importante donnée à la mort: les dieux meurent cycliquement et la mort du roi est l’un des moments les plus glorieux de son règne (il n’est qu’à penser au trésor de Toutânkhamon). Vêtements, bijoux, parures, et par-dessus tout les couronnes, sont autant de talismans qui protègent magiquement le pharaon, en même temps qu’ils lui donnent la force de jouer le rôle que lui ont assigné les dieux. De tous les couvre-chefs, le némès est la couronne exclusivement réservée au roi (et dont, par un paradoxe étonnant, chaque péplum coiffe tous les Égyptiens de l’Antiquité…). Le pschent vient ensuite, emboîtement de la couronne blanche de Haute-Égypte dans la couronne rouge de Basse-Égypte et qui proclame la royauté sur le Double Pays. Ces « Grandes-de-Magie » que sont les couronnes sont si nombreuses qu’il en existe une pour chaque rite que le roi se doit d’accomplir seul devant les dieux.
Parcours

Sully, entresol. Crypte du Sphinx.

 

Grand Sphinx

Datation controversée entre la 4e et la 12e dynastie

Trouvé à Tanis

Granite, 1,83 × 4,80 × 1,54 m

Musée du Louvre

Le sphinx, au corps de lion couché et à la tête du roi qui l’a commandité, est là pour incarner la divinité du pouvoir de Pharaon. Celui-ci porte, dans les noms royaux successivement gravés sur sa base, son poitrail et ses épaules, de grandes dates de l’histoire de l’Égypte comme le rappel de ses tribulations à travers les capitales du delta. Taillé peut-être à la 4e dynastie (2620-2500 av. J.-C.) pour Memphis ou Héliopolis, il fut transporté à Pi-Ramsès sous Mérenptah (1213-1203 av. J.-C.), et ensuite à Tanis sous Chéchonq Ier (943-922 av. J.-C.).

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

Sully, 1er étage. Égypte pharaonique. 
 

 

Stèle du roi Djet, dit « le roi-Serpent », vers 3000 av. J.-C. (1re dynastie)

Trouvée dans sa tombe à Abydos

Calcaire, 1,43 × 0,65 × 0,25 m

Musée du Louvre

Nous sommes à la première dynastie, aux débuts de l’Histoire. Les Égyptiens inventent la titulature de leurs rois, qui compte cinq noms. Le premier est le « nom d’Horus », inscrit au-dessus d’une façade de palais surmontée du dieu faucon Horus, proto-pharaon car il est le successeur de son père Osiris. Cette stèle, qui était plantée sur la tombe de l’un des tout premiers rois d’Égypte, sculptée du hiéroglyphe du serpent-dj, est à lire «le roi-Djet» et à traduire « le roi-Serpent ».

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

Sully, 1er étage. Égypte pharaonique. 

 
Linteau d’une porte : Sésostris III, figuré à gauche avec un visage juvénile et à droite avec un visage aux traits marqués, offre du pain à Montou

1862-1843 av. J.-C. (12e dynastie)

Trouvé dans le temple de Montou à Médamoud

Calcaire, 1,07 × 2,26 m

Musée du Louvre

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

Sully, 1er étage. Égypte pharaonique. 

 
 

Sésostris III juvénile, 1862-1843 av. J.-C. (12dynastie)

Trouvé dans le temple de Montou à Médamoud

Diorite, 1,19 × 0,48 × 0,46 m

Musée du Louvre

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

 

 

Sully, 1er étage. Égypte pharaonique. 
 
 
 

Sésostris III marqué par les ans, 1862-1843 av. J.-C. (12e dynastie)

Trouvé dans le temple de Montou à Médamoud

Gabbro, 79 × 48 × 33 cm

Paris, musée du Louvre

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

 

L’une des fonctions de l’art égyptien est de glorifier Pharaon en le représentant tel qu’il doit être et non tel qu’il est. Sur ce linteau de porte et sur ces deux statues formant paire, Sésostris III est représenté une fois jeune et une fois vieux. Cette symétrie ne peut s’expliquer par deux portraits du roi à deux moments de sa vie. Elle se justifie très bien en revanche si l’on y reconnaît deux qualités de la fonction royale: le roi jeune, prêt à défendre le pays, et le roi mûri par les ans, administrant ses sujets avec sagesse.

Sully, rez-de-chaussée. Égypte pharaonique. 

 

Tête d’un colosse du roi Amenhotep III, 1391-1353 av. J.-C. (18e dynastie)

Provient de la grande cour de son temple funéraire à Thèbes-Ouest

Granite, 1,98 × 77 × 0,90 m

Hauteur ancienne: environ 8 m

Musée du Louvre

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

 
Sully, rez-de-chaussée. Égypte pharaonique. Pieds d’un colosse. 
 
 

Pieds d’un colosse d’Amenhotep III (avec le motif des «prisonniers sous ses sandales» gravé sur le socle)

1391-1353 av. J.-C. (18e dynastie)

Provient de la grande cour de son temple funéraire à Thèbes-Ouest

Granite, 1,59 × 1,44 × 2,25 m

Musée du Louvre

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

 

« Écraser de ses pieds les ennemis du Double Pays (l’Égypte) », « Fouler les Neuf Arcs (les nations étrangères) sous ses sandales », voilà, parmi les fonctions programmatiques assignées au pharaon, deux fonctions que les statues colossales mettent parfaitement en scène.

Les rois Aménophis III et, après lui, Ramsès II ont immortalisé leur nom en faisant tailler dans le granite ou le quartzite ces représentations démesurées, matérialisations du pouvoir hérité des dieux de faire rempart au retour, toujours possible, du chaos.

Sully, 1er étage. Égypte pharaonique. 
 
Le dieu Amon protège Toutânkhamon, 1336-1327 av. J.-C. (18e dynastie)

Provient du temple de Karnak

Diorite, 2,15 × 0,44 × 0,81 m

Musée du Louvre

Jusqu’à sa mort à dix-huit ans, Toutânkhamon eut la charge de rétablir ce que son père Akhenaton avait cru pouvoir détruire: les noms et représentations du dieu Amon, protecteur de la royauté. Cette protection est le sujet même de cette statue qui figure le dieu posant ses mains sur les épaules du roi. Les différences d’échelle rendent immédiatement sensible la dépendance du souverain à son « père » et modèle.

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

Sully, 1er étage. Égypte pharaonique. 

 

 

Fragment d’un groupe royal d’époque amarnienne, 1353-1337 av. J.-C. (18e dynastie)

Pierre, 64 × 17,2 × 23,5 cm

[lieu de découverte?]

Musée du Louvre

Cette figure exceptionnelle – à commencer par la qualité du calcaire dont elle est sculptée – d’Aménophis IV-Akhenaton, roi d’Égypte connu pour être en rupture totale avec ses prédécesseurs, le représente au contraire avec les attributs les plus canoniques du pouvoir pharaonique: la couronne némès et les deux sceptres héqa et nékhakha. Acquise en 1826, cette statuette a été l’objet de restaurations importantes qui n’ont pas fait disparaître pour autant le bras de la reine, Néfertiti, enlaçant son roi.

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps
Sully, 1er étage. Égypte pharaonique. 

 

Serviteur funéraire du roi Séthi Ier

Vallée des Rois, tombe de Séthi Ier

Faïence siliceuse, 28,10 × 9,20 × 5,90 cm

Musée du Louvre

Les houes pour piocher la terre du serviteur funéraire ont remplacé les sceptres du pharaon, mais la couronne némès est là pour indiquer qu’il s’agit d’un roi, et l’un des plus grands, Séthi Ier, père de Ramsès II. Au Nouvel Empire, l’Au-delà est le même pour le roi comme pour ses sujets et l’on s’y fait remplacer par ces ouvriers agricoles que sont les « répondants » (ouchebti en égyptien) pour les travaux dans les Champs d’Ialou, sortes de Champs Élysées pharaoniques. 

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

 

Sully, 1er étage. Égypte pharaonique. 

 

 

Taharqa présente deux vases à vin au dieu-faucon Hémen, 690-664 av. J.-C. (25e dynastie)

[lieu de découverte?]

Bronze (roi), grauwacke plaquée d’or (Hémen), socle en bois plaqué d’argent, 19,70 × 26 × 10,30 cm

Musée du Louvre

Le roi à genoux offre deux vases remplis de vin à un faucon. Taharqa est né au Soudan et sa coiffe très particulière, protégée par deux cobras dressés, le désigne comme pharaon du pays de Kouch, entre troisième et sixième cataractes. Après la conquête éclair de l’Égypte par Piânkhy, son prédécesseur, il en fut l’un des grands rois (690-664 av. J.-C., 25e dynastie). Son règne paraît avoir été très pieux, voire rigoriste. Par ailleurs, cette scène nous rappelle qu’en théorie Pharaon est le seul prêtre des dieux. 

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

Annexe