Pouvoir royal dans l'Orient ancien

La Fonction Royale et codes de représentation dans l'Orient ancien
La nature monarchique du pouvoir est une constante de l’histoire politique du Proche-Orient antique, même si l’institution a connu diverses formes du Levant à l’Iran, de l’apparition des premières cités aux grands empires assyrien, babylonien et perse du Ier millénaire avant J.-C. Au sortir du néolithique, l’existence de chefs à la tête de sociétés de plus en plus hiérarchisées préfigure peut-être les premiers souverains comme figures d’autorité. À l’époque d’Uruk (3500-2900 av. J.-C.), le roi-prêtre, cumulant déjà une fonction religieuse, incarne la première figure royale au sein des villes naissantes, alors que les titulatures apparaissent dans le courant du IIIe millénaire avant J.-C. en même temps que les textes historiques. Les listes dynastiques, rattachant les premières dynasties à des temps mythiques, permettent de reconstruire en partie l’histoire des différents royaumes. Si le pouvoir se transmet de père en fils, le souverain est un roi de droit divin et le principal intermédiaire entre les dieux qui l’ont élu et le peuple qu’il dirige. Ce rapport privilégié se manifeste par une cérémonie d’investiture où le souverain reçoit les insignes de son pouvoir, un cercle et un bâton, héritiers du rouleau de corde et du bâton de mesure symboles de sa fonction de bâtisseur. Le roi veille en effet à l’entretien et à la construction des temples, ainsi qu’à l’embellissement de sa cité. Aidé du clergé, il honore les divinités en accomplissant rites et offrandes, dont les bénéfices rejaillissent sur son royaume et ses administrés. Certains rois ont même été considérés à l’égal des dieux, divinisés de leur vivant ou après leur mort. Cet aspect fondamental de la fonction royale coexiste dès les origines avec la figure du roi guerrier. Protégeant son peuple des agressions extérieures, il est aussi le conquérant qui s’empare de nouveaux territoires pour étendre sa richesse. La justice, d’essence divine, est aussi une prérogative du roi, garant du droit et de l’équité, seules valeurs à même d’assurer le bon fonctionnement et la prospérité du royaume. Dans toutes ces tâches, scribes et fonctionnaires forment autour du souverain une solide administration rattachée au palais, à la fois résidence et siège du pouvoir, dont la monumentalité, le décor et les fastes de la cour reflètent la puissance et la gloire universelles de celui qui l’habite.
Parcours

Richelieu, rez-de-chaussée. Mésopotamie. 

 

Relief votif d’Ur-Nanshé, roi de Lagash

Tello, ancienne Girsu (Irak)

Époque des Dynasties archaïques III, vers 2500 av. J.-C.

Calcaire, 39 × 46,5 × 6,5 cm

Musée du Louvre

Fondateur de la première dynastie de Lagash, Ur-Nanshé reconstruisit le temple de Ningirsu, dieu tutélaire de son royaume. Au registre supérieur de ce relief, il est présenté, entouré de sa famille et de sa cour, en roi bâtisseur portant sur sa tête un couffin de briques pour jeter les fondations du temple. Au registre inférieur, il préside un banquet marquant l’inauguration du sanctuaire. 

 

 

Richelieu, rez-de-chaussée. Mésopotamie. 

 

Stèle de victoire de Naram-Sîn, roi d’Akkad

Suse (Iran), tell de l’Acropole, rapporté de Sippar (Mésopotamie)

Époque d’Akkad, vers 2254-2218 av. J.-C.

Calcaire gréseux, 2 × 1,5 m

Musée du Louvre

Cette stèle commémore la victoire de Naram-Sîn, quatrième souverain d’Akkad, sur les Lullubis, un peuple de montagnards des Zagros. Au centre, dominant la scène de sa taille, le roi vainqueur à la tête de son armée met en déroute ses ennemis. Les cornes ornant son casque lui confèrent une dimension divine: Naram-Sîn fut en effet le premier souverain divinisé de son vivant.

 

 

Denon, rez-de-chaussée. Galerie Daru. 
 

Gudéa, prince de Lagash

Statue assise dédiée au dieu Ningishzidda

Tello, ancienne Girsu (Irak)

Époque néo-sumérienne, vers 2120 av. J.-C.

Diorite, 46 × 33 × 22,5 cm

Musée du Louvre

Principal souverain de la deuxième dynastie de Lagash, Gudéa incarne l’idéal du roi pieux, premier fidèle et serviteur des dieux. Les nombreuses statues qu’il a laissées le représentent debout ou assis, les mains jointes en geste de prière, coiffé du bonnet royal à haut rebord. Toutes étaient dédiées aux divinités du royaume et déposées dans leurs temples pour y perpétuer la prière royale.

 

Richelieu, rez-de-chaussée. Mésopotamie. 

 

Code du roi Hammurabi de Babylone

Suse (Iran), tell de l’Acropole, rapporté de Sippar ou Babylone (Mésopotamie)

Époque des dynasties amorrites, vers 1792-1750 av. J.-C.

Basalte, 225 × 79 × 47 cm

Musée du Louvre

Roi de justice, Hammurabi a laissé à la postérité un important recueil de jurisprudences gravé sur cette grande stèle de basalte. Le bas-relief du sommet représente le roi, coiffé du bonnet royal, face à Shamash, dieu du Soleil et patron de la Justice, dans une scène de rencontre évoquant le fondement divin du pouvoir royal.

Richelieu, rez-de-chaussée. Iran.

 

Empreinte de sceau : le roi-prêtre abattant ses ennemis devant un temple

Suse (Iran), tell de l’Acropole

Époque proto-urbaine (Suse II), vers 3500-3100 av. J.-C.

Argile 

Musée du Louvre

À l’époque proto-urbaine, le roi-prêtre est la figure d’autorité investie du pouvoir politique et religieux, reconnaissable iconographiquement par son bandeau de tête, sa barbe ronde et sa jupe en cloche. Il est ici représenté dans son rôle de défenseur de son peuple, tuant de son arc ses ennemis devant un temple à la façade ornée de cornes.

 

 

Richelieu, rez-de-chaussée. Iran. 

 

Orant princier portant un chevreau en offrande

Suse (Iran), tell de l’Acropole

Époque des Dynasties archaïques III, vers 2600-2340 av. J.-C.

Albâtre

Musée du Louvre

Cette statue représente un fidèle, debout, portant dans ses bras un chevreau qu’il s’apprête à offrir en remerciement aux divinités. La coiffure élaborée formée d’une natte ceignant la tête et d’un chignon, le vêtement à mèches laineuses (kaunakès) remontant sur l’épaule gauche et la nature même de l’offrande distinguent un personnage de haut rang, peut-être princier. 

Sully, rez-de-chaussée. Iran. 

 

Stèle babylonienne usurpée par un roi élamite

Suse (Iran), tell de l’Acropole

Époque médio-élamite, 12e siècle av. J.-C.

Basalte

Musée du Louvre

 

 

Cette stèle montre le roi debout devant un dieu trônant, dont il reçoit les insignes de son pouvoir, symbolisé par un cercle et un bâton. Ce type de scène d’investiture, très répandu, illustre de manière conventionnelle le caractère divin de la monarchie. La double natte complétant la coiffe du roi est caractéristique de l’iconographie élamite de la seconde moitié du IIe millénaire avant J.-C.

Sully, rez-de-chaussée. Levant.

 

Patère dite de la chasse

Ras Shamra, ancienne Ougarit (Syrie), Acropole, près du temple de Baal

Âge du bronze récent, 14e-13e siècle av. J.-C.

Or repoussé 

Musée du Louvre

Retrouvée près du temple de Baal – le grand dieu d’Ougarit –, cette patère est ornée d’une scène de chasse. Le roi, debout sur un char à deux roues tiré par deux chevaux, tire à l’arc sur le gibier fuyant devant lui. Divertissement princier par excellence, la chasse révèle également la bravoure du souverain et sa domination sur les forces de la nature.

 

 

 

Sully, rez-de-chaussée. Levant. 

 

Stèle dite du Baal au foudre

Ras Shamra, ancienne Ougarit (Syrie), Acropole

Âge du bronze récent, 15e-13e siècle av. J.-C.

Calcaire 

Musée du Louvre

Le décor de cette grande stèle est dominé par la figure guerrière de Baal, dieu tutélaire du royaume d’Ougarit, plantant dans le sol la lance de son foudre. À ses côtés se trouve la petite figure du roi, debout sur une estrade. En prière, il regarde cependant dans la même direction que son protecteur, en sa qualité de vicaire et de principal représentant du dieu parmi les hommes.

Annexe