Regarder les œuvres avec les « yeux de la danse » « Marcher, courir, sauter, voler... »

Présentation
Quel mouvement perçoit-on ? Comment le corps semble-t-il organisé pour amorcer le mouvement ? Comment est-il représenté ?... L’observation de l’œuvre par la focale du corps permet à l’enfant d’aiguiser sa capacité d’interprétation du mouvement. En portant attention à son propre corps et à ses mouvements, jusqu’à danser, il développe sa perception de l’environnement dans lequel il évolue, et élargit sa palette d’approche des œuvres. Piste proposée par : Pascale Tardif – Professeure agrégée d’EPS, conseillère pédagogique départementale & Laurence Pagès – Chorégraphe, danseuse.
Parti pris
Les œuvres ont été choisies pour leur représentation d’actions corporelles simples mais fondatrices : marcher, courir, sauter ou.... d’actions métaphoriques merveilleuses comme voler. L’enseignant pourra ainsi choisir parmi les diverses propositions de la piste.
Public
Cycle 1 (classes de Petite Section, Moyenne Section, Grande Section de l’école maternelle).
Objectifs
Agir, s’exprimer, comprendre à travers l’activité physique et/ou les activités artistiques. Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions. Observer et mettre des mots sur ce que l’on voit et perçoit. Imaginer une autre manière de visiter le musée en favorisant une approche sensorielle des œuvres, mobilisant le corps. Entrer dans les œuvres par la focale du geste et du corps pour mieux en saisir l’expressivité. Communiquer avec les autres par le biais d’actions à visée expressive ou artistique.
Mots clefs
corps, mouvement, représentation, danse
Matériel
appareils photos pour encourager les enfants à photographier les œuvres et les expériences réalisées.
Parcours
Jean de Bologne dit Giambologna
(Douai, nord de la France actuelle, 1529 - Florence, 1608)
Bronze
Musée du Louvre
1574
H : 1,80 m
© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier
1/ L’ENVOL
 
Observer et décrire : 
 
o Une sculpture dont on peut faire le tour : 
o Est-ce que je peux tourner autour de la sculpture ? Comment est-ce que je la vois de ce côté ? Et de l’autre ? Depuis le sol, accroupi ou allongé ? 
o Est-ce qu’il y a dans les salles d’autres sculptures autour desquelles il n’est pas possible de circuler (par exemple « attachées au mur ») ?
 
= Aborder ainsi les notions de ronde-bosse / bas-relief.
 
o Une grande sculpture : 
o Quand je suis proche de la sculpture, qu’est-ce que je vois ? Suis-je de la même taille ?
o Quand je m’éloigne, qu’est-ce que je vois ?
o Où est-ce que je dois aller pour bien la voir en entier ?
 
= Aborder ainsi les notions de taille, d’échelle.
 
Entrer dans le mouvement : s’envoler
 
Répartir les expériences en petits groupes
 
o Je tente de me mettre dans la même posture en équilibre (même bras et même jambe soulevés du sol ! organisation dite « à l’amble »), j’en éprouve la contrainte posturale ;
o Au contraire, je lève le bas et la jambe opposée (comme dans la course)
o J’observe à nouveau la sculpture : De quoi/qui s’agit-il ? Qu’est-ce que je vois sur la tête du personnage ? Sur ses pieds ? Dans ses mains ?
 
Quelles différences entre ma posture et celle du personnage ?
Mercure, à votre avis, est-il représenté dans une marche, une course, une envolée ?
 
Prolonger l’expérience
 
De retour dans la salle de motricité de l’école : trouver d’autres équilibres sur un pied, en variant au maximum les postures du reste du corps.
 
Assiout (Moyenne Égypte)
Bois de tamaris peint
Musée du Louvre
Vers 1800 avant J.-C. (milieu 12e dynastie)
H. : 25,7 cm.; L. : 4.20 cm.; Pr. : 11.50 cm
© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Christian Decamps
Minet el Beida, port d’Ougarit, 
Phénicie (Syrie actuelle)
Bronze et or
Musée du Louvre
12e siècle avant J.-C.
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

 

 
 
Grèce
Bronze
Musée du Louvre
Vers 575- 570 avant J.-C.
H : 17 cm
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
 
2/ LA MARCHE APPARENTE
 
Compte tenu de la hauteur à laquelle les œuvres sont présentées, il est conseillé d’amorcer le questionnement en classe.
 
Observer et décrire :
 
o Des sculptures… mais différentes de celle que je viens de voir
o Quelles sont les différences avec la sculpture que je viens d’observer (taille, présentation..) ?
o Quelle est la meilleure position pour les regarder ?
 
o Différentes les unes des autres
o Est-ce que tous les personnages ont la même taille ?
o En quoi sont-ils faits ?
 
= Evoquer les différentes matières des œuvres
 
o Mais avec des points communs
o Est-ce que pourtant ces personnages se ressemblent ?
o Pourquoi ?
 
Ces trois statuettes sont représentées dans le mouvement de la marche, mais comment marchent elles ? Elles marchent à l’amble, c’est à dire avec le même bras et la même jambe qui se propulsent vers l’avant simultanément.
 
Entrer dans le mouvement : la marche apparente 
Répartir les expériences en petits groupes
 
o J’observe un adulte faire une marche à l’amble : est-ce que cela me semble bizarre ?
o J’essaie de marcher à l’amble : est-ce facile ? Difficile ? Pourquoi ?
 
Prendre conscience alors que ce n’est pas le mouvement réel de la marche qui est représenté par les sculpteurs. 
 
Bronze patiné
Musée du Louvre
Vers 1715 -1720
H. 22,5 cm
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

 
Giovanni Battista Tiepolo
(Italie,1696 - Espagne,1770)
Huile sur toile
Musée du Louvre
Vers 1743-1744
96 cm x 79 cm
© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Angèle Dequier
 
3/ LA COURSE
 
Observer et décrire : 
 
o De la sculpture à la peinture
o J’observe deux types d’œuvres très différents : quelles sont ces différences ?
o Est-ce qu’elles ont des points communs ? Lesquels ?
 
= Définir différences entre œuvres en 2D et 3D, couleur, lumière, paysage, point de vue…
 
o Représenter la course
o Est-ce que les personnages courent de la même façon dans une œuvre et l’autre ?
o Pourquoi certains courent dans la même direction et pas les autres ? Qu’est-ce que cela peut vouloir dire ?
 
= En déduire les relations qui transparaissent entre les deux coureurs et rapprocher des récits mythologiques.
 
Prolonger l’expérience
 
o Dans la cour Marly, en sortant de la Petite Galerie : rechercher et différencier les sculptures où sont représentées des personnes qui marchent et d’autres qui courent : retrouver en particulier les groupes Hippomène et Atalante d’une part, et Apollon et Daphné d’autre part.
 
o De retour à l’école : trouver un espace et le traverser par deux en courant au ralenti, l’un derrière l’autre comme pour essayer de rattraper et d’attraper l’enfant situé devant.
 
Auguste et Louis Lumière producteurs
Film Lumière n° 765,1 - Danse serpentine, [II]
Opérateur : inconnu
Italie, Rome
Film muet de 35 mm d’une durée d’une minute colorisé au pinceau
Fondation Louis Lumière
Année de production : 1899
© Institut Lumière
Jean-Baptiste Carpeaux
France
Marbre blanc
Paris, musée d’Orsay, legs d’Alfred Chauchard, 1910
Vers 1873
L: 82 cm.; H: 45 cm.
© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Stéphane Maréchalle
 
4/ LA DANSE, SEUL OU A PLUSIEURS
 
La danse de Loïe Fuller :
 
Observer et décrire : 
 
o Qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que je ne vois pas ? 
o Est-ce que je vois le corps de la danseuse ? Quelles parties de son corps puis-je voir ? Est-ce que je les vois bien ? Est-ce que je les aperçois ?
o A quoi ressemble son costume ? Avec quoi est-il fait (voiles) ? Quel effet cela fait ?
o Est-ce qu’il y a d’autres choses qui me surprennent ? La lumière ?
 
= Présentation de Loïe Fuller et de ses expérimentations 
 
Loie Fuller est une des danseuses pionnières de la danse moderne. S’emparant des multiples possibilités artistiques qu’offre la révolution électrique, elle invente des danses féériques où son corps s’efface au profit d’être hybrides créés autant par son mouvement, que par les costumes et les lumières.
 
Le mouvement : la danse
 
J’essaie de deviner/imaginer comment elle pourrait danser (sous ses voiles) pour parvenir à produire ce mouvement des voiles ?
 
Prolonger l’expérience
 
De retour à l’école, essayer de retrouver la danse de Loïe Fuller, danser avec des bras comme des ailes ! Danser avec de grands voilages souples. Visionner à nouveau « la danse serpentine » sur le net.
 
De nombreux autres prolongements peuvent être imaginés en classe en inventant des costumes ou des prothèses (en arts plastiques) qui déforment ou transforment le corps, et le contraignent dans ses mouvements pour inventer de nouvelles danses : des grands voiles comme dans la danse serpentine, mais aussi par exemple des prolongements des bras ou du cou en carton, des protubérances en mousse sur le buste… tout devient possible !
 
La ronde
 
Observer et décrire :
 
o Trois personnages féminins
o Qu’est-ce que je peux dire des personnages que j’observe ? De leur corps ? Se regardent-ils ?
o Leur ronde ressemble-t-elle à celles de l’école ?
 
o Une évocation de la danse
o Quelles sont les positions de leurs pieds ? De leurs mains ? Les lignes des corps ?
o A quoi est-ce que cela me fait penser ?
 
Evoquer l’idée d’une danse sautillante, de rebonds...
 
Entrer dans le mouvement : la danse à plusieurs
Répartir les expériences en petits groupes
 
Dans la cour Marly, en sortant de la Petite Galerie, je danse à trois avec deux camarades, liés par les mains en expérimentant tout ce que cela empêche ou permet en termes de mouvement. Je forme une ronde à trois et je joue à changer de directions.
 
Prolonger l’expérience
 
De retour à l’école, travailler dans l’espace, en créant des trios, liés par les mains... Puis expérimenter le fait de se lâcher les mains à un endroit de la chaîne, retrouver le contact, tout en continuant à se déplacer et à occuper l’espace disponible.
 
Thème récurrent de l’histoire de l’art, les trois Grâces ont été auparavant représentés par Raphaël, Botticelli, Rubens… Une recherche et une observation comparative de leur œuvre pourrait se faire en prolongement de la visite.
 
Auguste Rodin
France
Plâtre
Paris, musée d’Orsay, dépôt du musée Rodin
1911
26 cm x 26 cm (figure F) ; 11 cm x 26 cm (figure H) ; 13 cm x 23 cm (Figure I)
© Musée Rodin / Pauline Hisbacq

5/ LE SAUT

(A noter : la série des 9 mouvements est au musée Rodin)

Observer et décrire :

Trois personnages dans un « mouvement de danse »

o Qu’est-ce que je peux dire des personnages que j’observe ? De leur corps ? Des figures qu’ils réalisent ? Observer notamment que certaines parties du corps sont comme « déformées ».
o Ces mouvements semblent-ils réalistes ?
 
Evoquer la sensation de saut très aériens, acrobatiques. Les amener progressivement à comprendre que Rodin ne représente pas l’image arrêtée d’un corps en mouvement, mais essaie plutôt de représenter différentes étapes du mouvement, au moyen d’un même corps dans plusieurs postures.
 

Prolonger l’expérience

De retour en classe, les amener à retrouver les postures aériennes observées dans le saut, mais cette fois-ci dans le plan horizontal, couché au sol. Puis expérimenter à mi-hauteur (en prenant appui sur les mains, les genoux, le bassin, etc.). Comment réaliser des figures acrobatiques d’amplitudes extrêmes et de torsions, en étant au sol ? Jouer avec les différents plans de l’espace.

Avant la visite

Il est conseillé de raconter les récits mythologiques liés aux personnages représentés dans la Petite Galerie afin que les enfants reconnaissent et créent des liens entre l’histoire entendue et l’œuvre observée.

Ressources complémentaires
En ligne

-          www.numeridanse.tv (Vidéothèque de danse, extraits et œuvres complètes)

-          cnd.fr (Le site du Centre National de la danse, et plus particulièrement le site de sa médiathèque, mediatheque.cnd.fr, avec de nombreuses ressources documentaire en ligne)

-          www.passeursdedanse.fr (Centre de ressources pour la danse à l’école et au collège)

-          www.danseaucoeur.com (l’éducation artistique à l’école)

Bibliographie

Glon Marie, Launay Isabelle (dir.), Histoires de gestes, Arles, Actes Sud, 2012 (pour approfondir le travail sur les gestes fondateurs de marcher, courir, sauter, etc.).

Annexe