Représentations du souverain au Proche-Orient ancien, de Sumer à Suse

Présentation
Les représentations du souverain au Proche-Orient ancien : conventions et évolutions sur près de 2000 ans d’Histoire. Stèles, reliefs, statues, tous documents épigraphiés, seront étudiés ici, depuis les salles des royautés archaïques de Sumer jusqu’au palais perse de Darius Ier à Suse.
Parti pris
On pourra mener cette visite en prolongement de la visite de la Petite Galerie, au sein des collections permanentes. Il s'agit de lister, œuvres à l’appui, les fonctions que les souverains ont voulu mettre en avant, dès les grands empires du Proche-Orient ancien, pour conforter leur pouvoir et diffuser une propagande qui leur soit favorable. Il s’agit de comprendre comment le souverain (« prince »/ « roi »), choisi et investi par le(s) dieu(x), se pose comme le garant de l’ordre du monde, dispensateur de richesses, de prospérité, mais aussi de stabilité (il préserve l’intégrité des frontières, ou conquiert d’autres contrées), de justice. Il se fait représenter soutenu par le(s) dieu(x) face à l’ennemi, voir se donne comme l’égal de(s) dieu(x). Le roi se fait également représenter en vainqueur, et fait en sorte que soient humiliés ou oubliés les princes vaincus (récupération et détournement de monuments ; damnatio memoriae ; représentation humiliante de l’ennemi…) Pour être distingué sur le monument, le roi porte les insignes du pouvoir (conventions iconographiques ; « regalia ») On propose de procéder en trois phases devant chacune des œuvres, en partant d’une approche sensible pour aboutir à une réflexion sur l’œuvre : - « ressentir » (les élèves donnent leur impression, spontanément ou par le biais de questions posées), - « observer » (les élèves observent l’œuvre, en totalité et en détails, et décrivent ce qu’ils perçoivent), - « interpréter » (les élèves sont incités à interpréter ce qu’ils ont perçu, à apporter des conclusions, que viendront nourrir des éléments historiques afin de comprendre la signification de l’œuvre dans son contexte). Remarques : - on choisira ici le terme de « roi » ou « prince » pour traduire les différents termes des langues utilisées par les souverains, en conformité avec les conventions de la littérature scientifique en langue française. - š se lit /sh/, u /ou/
Public
Enseignants / Cycle 3 – classe de 6e / Trois prolongements LCA (Langues et Culture de l’Antiquité) ouvrent des perspectives pour le monde grec, au public de 6e comme ouverture historique au programme d’Histoire, points de comparaison, et pourront servir à sensibiliser aux options latin et grec du collège. Ils ne constituent pas en soi un parcours en salles, mais sont les jalons d’un parcours virtuel réalisable grâce aux liens donnés.
Objectifs
Il s’agira de repérer le message que porte chacune des œuvres proposées : comment se fait représenter le souverain ? Quelle fonction choisit-il de mettre en avant dans les œuvres étudiées, et en quoi fonde-t-il son pouvoir sur ces fonctions ? Quels insignes du pouvoir portent les souverains sur ces représentations ? Quel lien à la divinité est instauré dans la représentation du pouvoir ? Pour compléter le parcours, il est utile de télécharger le « Livret de salle », qui comporte d’autres pistes et des textes qui peuvent être lus (en cours de visite, ou après) afin de compléter l’approche historique. Le « Livret à l’usage des enseignants » apportera des réponses précises à l’étude des œuvres et des royaumes ou empires rencontrés sur le parcours.
Mots clefs
Figures du prince, roi bâtisseur, roi pieux, roi guerrier, roi législateur, roi nourricier, roi déifié, propagande
Matériel
Pour les élèves : le Livret de salle (format pdf dans les ressources) ou un carnet de notes ; crayon ; éventuellement appareil photo pour prendre des clichés de détails.
Parcours

Richelieu RDC salle 1A

 

Stèle des vautours

(vers 2450 av. n.è.)

AO 50, 2346, 2347, 2348 et 16109

Stèle de victoire d'Eannatum, roi de Lagash dite « Stèle des Vautours » (détail de la face mythologique)

© 1995 RMN / Hervé Lewandowski 95-016099

 

Première approche : impression générale

RESSENTIR

Livrer ses impressions sur la taille, sur l’état de conservation de la stèle. Peut-être les élèves seront-ils déçus – du moins ne resteront-ils pas indifférents - de commencer la visite par un ensemble aussi mal conservé alors qu’ils sont au Louvre. 

 

OBSERVER

Localiser l’œuvre dans l’espace de la salle et du département. Décrire de manière générale la face visible : des personnages en action sur un fond rempli de signes d’écriture.

 

INTERPRETER

La muséographie interpelle généralement les élèves : pourquoi avoir placé en plein  passage, à l’entrée du département du Proche-Orient ancien, des « fragments de pierre cassés » ?

Il doit s’agit d’un monument important (de grande taille, épigraphié), dont on peut déjà essayer de déterminer les enjeux (marquer le territoire, célébrer une victoire, honorer un dieu…). 

 

Deuxième approche : la face mythologique

RESSENTIR

Partir des impressions des élèves relatives à la violence de la scène, au caractère redoutable du personnage gigantesque.

 

OBSERVER

S’approcher et décrire la face visible depuis l’entrée. Distinguer ce qui est de l’ordre du figuratif et tâcher de repérer des détails (barbe, différences de taille, armes…) ; repérer les écritures sur le fond, l’absence de vide.

 

INTERPRETER

Pourquoi peut-on dire que c’est un dieu qui est représenté ici ? Que fait-il ?

A quoi sert l’écriture sur cette stèle ? Qu’a à voir le dieu avec l’événement commémoré par la stèle ?

On repère les caractéristiques et armes du dieu, on cherche à déterminer le sens de sa représentation sur la stèle.

Les élèves décrivent le dieu Ningirsu (et l’aigle léontocéphale Imdugud/Anzu), repérable à son couvre-chef à cornes et sa taille, qui tient dans un filet les ennemis du roi et qui frappe l’un d’entre eux, alors qu’il tente de s’échapper, avec une masse d’arme. C’est un dieu tutélaire puissant, qui est garant de la réussite au combat du roi qui le vénère, et qui ici le remercie par l’érection de cette stèle. Le souverain expose ainsi sa piété.

 

3e approche : la face historique

Faire le tour de la vitrine : découvrir le revers de la stèle.

 

RESSENTIR

Surprise de découvrir que la stèle est gravée des deux côtés, curiosité au vu du nombre plus important de personnages et de détails… En partant des impressions que les registres de cette face créent chez les élèves (étonnement devant la profusion des détails ; pitié pour morts à la guerre représentés nus et entassés, voire piétinés ; dégoût devant certains scènes crues, comme les membres déchiquetés dont se repaissent les vautours), on pourra insister sur le caractère édifiant d’une telle œuvre, sa dimension épique et élogieuse à l’égard du souverain représenté en chef de guerre victorieux.

 

OBSERVER

Comment est composée la stèle ? Partir de la comparaison avec une planche de bande-dessinée : procéder au découpage de la stèle en registres, comme des cases horizontales de BD, chacune représentant chronologiquement un événement en lien avec la victoire que vante la stèle.

Repérer le détail (en haut à droite) qui a inspiré aux archéologues le nom de la stèle. Repérer bande par bande les personnages : lequel se distingue des autres ? Constater qu’il revient d’une case à l’autre.

 

INTERPRETER

Tâcher de faire deviner le thème de chaque bande, à savoir quatre épisodes chronologiquement narrés : victoire de l’armée en marche sous la conduite du roi Eannatum ; défilé de victoire ; le temps des rites : sacrifice offert au dieu et enterrement des morts de la cité ; mise à mort d’un chef ennemi (?).

 

La Stèle des Vautours est donc un monument érigé pour exalter la fonction guerrière du roi. 

 

Prolongement LCA : exalter les souverains victorieux en représentant les vaincus. « Statue de Galate blessé » (Sully, RDC, salle 17 ; MR 133 = Ma 324), inspirée d’un groupe consacré sur l’Acropole d’Athènes, d’après la représentation de la victoire des souverains de Pergame et des Galates vaincus.

http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/statue-de-galate-blesse

Livret de salle : récapitulatif de la Stèle. 

 

 

 

Relief d’Ur-Nanše 

(vers 2525-2500 av. n.è.)

AO 2344

 

Relief votif d'Ur-Nanše, roi de Lagash Dynasties archaïques III, vers 2550 - 2500 avant J.-C. 

© 1990 RMN / Philippe Bernard RM900047

Plus ancien que la Stèle des Vautours, puisque Ur-Nanše est le grand-père d’Eannatum, ce panneau illustre une autre fonction de la royauté (le roi bâtisseur) et permet d’insister à nouveau sur les relations qu’entretient le roi avec les dieux.

 

RESSENTIR

L’ambiance qui se dégage de ce relief est sensiblement différente de celle de la Stèle des Vautours : la scène représentée dégage une atmosphère de convivialité à partir de quelques détails immédiatement identifiables : coupe levée, échange entre les personnages qui se font face… Intimité (du cercle familial ?) mais aussi solennité, respect sont des notions qui viennent assez spontanément à l’esprit de prime abord.

Les codes de représentation du visage dans l’art sumérien peuvent en outre surprendre les élèves (voir infra).

 

OBSERVER

On propose de travailler sur la construction de l’image.

Comme pour la face historique de la Stèle des Vautours, le document est découpé en registres (le roi apparaît ainsi deux fois). Un trou est percé au centre du relief.

Décrire ensuite les visages et les corps. Quelles activités sont représentées ?

On fait décrire aux élèves les codes sumériens de la représentation anatomique : œil de face sur visage de profil, épaule de face, bras en équerre, crâne rasé… Un personnage plus grand que les autres se trouve face à d’autres personnages plus petits (des hommes et une femme). Un petit personnage accompagne et semble servir le plus grand. La scène du haut semble représenter une scène de travail ou de service (un panier  plein d’objets, souvent identifiés comme des pains par les élèves, est porté sur la tête du grand personnage) : celle du bas est à coup sûr une scène de banquet.

 

INTERPRETER

On s’interroge sur le trou central du relief, qui permet de comprendre son usage : le panneau  était accroché sur l’un des murs du palais, et il commémorait un acte royal d’importance.

 

Qui est représenté ? Comment le sait-on ?

Trois éléments permettent l’identification des personnages que l’on passe en revue avec les élèves : le roi, sa femme (?), un fils, des notables, un serviteur se repèrent à la grandeur relative des personnages ; à leurs vêtements et attributs ; à leurs noms (ce dernier élément ne pouvant être donné que par le professeur).

 

Que font les personnages ? Quelle fonction a ce panneau ?

On fait deviner le thème de chacun des deux registres par l’observation de détails : Ur-Nanše en tant que roi bâtisseur porte un couffin rempli de briques : il célèbre l’inauguration d’un temple érigé sous son règne, au moyen d’un banquet.

C’est donc l’image d’un roi bâtisseur et pieux qui est mise en avant sur le relief d’Ur-Nanše.

 

Richelieu RDC Salle 2

 

Stèle du roi Naram-Sîn

(vers 2250 av. n.è.)

Sb4

© 2009 RMN / Franck Raux

Naram-Sîn est le quatrième roi de la dynastie d’Akkad, qui a succédé aux Sumériens.

 

RESSENTIR

Le contraste entre cette stèle de victoire et la Stèle des Vautours relève de l’évidence : l’unique scène qui remplit l’espace est ici très dynamique, et le regard suit naturellement l’ascension des personnages vers le point culminant (à l’opposé de l’horizontalité des registres dans la Stèle des Vautours), un personnage campé dans toute sa hauteur et portant une tiare à cornes. Le grouillement de cette foule est perceptible. Un sentiment de grandeur émane d’une telle représentation.

Certains détails peuvent choquer par leur crudité : un homme s’écroule, transpercé d’une flèche ou d’une lance ; le roi piétine deux corps enchevêtrés ; un autre tombe dans le vide, tête en avant. Le spectateur oscille entre éblouissement et pitié.

 

OBSERVER

Etudier la composition de la scène et le mouvement.

Le souverain akkadien rompt avec la tradition sumérienne du récit de sa victoire en plusieurs épisodes disposés en registres (cf Stèle des Vautours) : ici, une scène unique montre l’armée du roi (personnages casqués, armés de haches, arcs, lances et étendards) en marche vers le sommet où se tient debout et seul le souverain, représenté plus grand que les autres. Les seuls corps qui ne suivent pas l’attitude de la marche sont ceux d’ennemis vaincus, corps recourbés, enchevêtrés, en pleine chute.

Le roi devait être initialement au centre de la stèle, aujourd’hui cassée sur sa partie gauche. Tous les regards sont tournés vers le haut de la stèle.

 

Comment les Akkadiens représentent-ils le corps humain ? Décrire le roi.

L’anatomie est rendue d'une manière très différente de celle des Sumériens dont les codes ont été vus précédemment : les cuisses et mollets sont galbés, la musculature du roi est bien rendue et accentue l’impression de force déjà marquée par les armes qu’il tient, arc bandé et lance. Il porte en outre une tiare à cornes.

 

Quels éléments naturels remarque-t-on dans le décor ?

Deux arbres, rares sur ce type de scènes, et un rocher campent le décor : la bataille a lieu sur les pentes des Zagros, région montagneuse et boisée habitée par les Lullubi que combat et défait ici Naram-Sîn.

Trois astres parcourent l’espace céleste (qui devait être symbolisé par la forme voûtée du haut de la stèle initialement).

 

Repérer les parties inscrites. Que constate-t-on ?

Il y a deux inscriptions d’origines différentes sur ce relief : l’une, en haut à gauche, en akkadien (écriture encadrée) est très abîmée ; l’autre, sur le pic rocheux, en élamite, date du XIIe s. La stèle a en effet été prise comme butin à Sippar (en Babylonie) par un roi élamite, ce qui explique qu’elle a été mise au jour à Suse. Le détournement d’un tel trophée n’est pas rare au Proche Orient ancien.

 

INTERPRETER

Quelle image du roi se dégage de cette scène ?

Mise en valeur du personnage par la composition, port d’une tiare à cornes (canoniquement indice de la nature divine du personnage), présence des astres équivalant à celle des dieux (le signe cunéiforme du dieu prenant d’ailleurs la forme d’une étoile) : la réunion de tous ces indices concourt à diffuser, comme jamais auparavant,  l’image d’un roi guerrier, de nature divine, pilier de son royaume.

 

 

Gudea « L’architecte au plan »

(vers 2120 av. n.è.)

AO 2

Gudea, prince de Lagash « l'Architecte au plan »

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda

FU110395

 

La salle semble remplie des effigies d’un seul et même roi. Gudea, qui a régné vers 2120 av. J.-C. à l’époque dite néosumérienne,  a diffusé son image dans les différents temples de Tello (ancienne Girsu).

 

RESSENTIR

Il est troublant de se trouver dans une salle habitée par des « clones » : toutes ces statues personnelles de Gudea représentent, dans des poses et des activités variées, le même homme, aux traits semblables et figés… lorsqu’il porte encore sa tête (c’est le cas pour les statues les plus petites).  Il s’agit de portraits idéalisées, non réalistes,  qui offrent l’image d’un roi serein, paisible, dans une attitude de dévotion : il est apaisant de parcourir cet espace du Louvre, après les spectacles guerriers observés sur les stèles précédentes ; ce roi semble inspire généralement bien de la sympathie aux élèves.

 

OBSERVER

Décrire la posture du souverain.

Le roi est représenté assis sur un trône ; il porte une robe à franges, qui laisse dégagée l’épaule droite. Le galbe et la nervosité de la musculature sont bien rendus, malgré la dureté du matériau (de la diorite). Les pieds nus sont joints, les mains également. On peut tenter d’imiter cette dernière position, en vain : il n’est pas question ici de reproduire de manière réaliste un geste du roi.

 

Quels instruments sont posés sur les genoux du roi ?

Il porte sur ses genoux une tablette sur laquelle est dessiné un plan de temple (enceinte à niches et redans), ainsi qu’une règle et un stylet.

 

Quels signes comporte la statue ?

La statue est épigraphiée : elle est couverte de caractères cunéiformes qui notent la langue sumérienne. On trouvera des extraits traduits du texte sur le Livret de salle. La statue, une fois inscrite, porte un nom et devient en cela comme vivante. Cette pratique se retrouve en Egypte antique.

 

 

INTERPRETER

Le roi est représenté avec les outils de l’architecte.

Deux grands cylindres en argile, visibles au fond de la salle, narrent le récit des songes de Gudea : le premier raconte que le dieu Ningirsu visite en rêve Gudea et lui demande de lui bâtir un temple en échange de l’abondance dans le pays de Sumer ;  l’autre décrit la cérémonie annuelle instaurée pour vénérer en son temple le dieu et son épouse. Les textes de ces deux cylindres sont les plus longs écrits en sumérien connus à ce jour. Les mains jointes sont d’ailleurs le signe de la prière : le roi se montre dans l’attitude de l’orant.

L’image du roi pieux et du roi bâtisseur se cumulent ici. 

 

Prolongement dans la salle : les « cylindres de Gudea » (MNM 1511 et 1512, vitrine 5)

 

Livret de salle : texte (extrait de la dédicace écrite sur la statue, donnant différents titres et attributs du prince). 

 

 

Gudea « au vase jaillissant »

(vers 2120 av. n.è.)

AO 22126

 

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Franck Raux

 

Dans la même salle, on peut se diriger vers la statue de Gudea « au vase jaillissant », dédiée à la déesse Geštinanna, parèdre féminine du dieu protecteur personnel de Gudea, Ningišzidda.

 

RESSENTIR

C’est encore une statue très paisible qu’il est donné d’observer ici, mais son attitude très figée, hiératique, permet de redire combien il ne s’agit pas d’un art du portrait vériste, mais de représentations idéalisées et symboliques.

 

OBSERVER

Quel geste fait le roi ? Que tient-il ?

Debout, le roi présente des deux mains un vase d’où jaillissent deux torrents d’eau ; des poissons remontent le courant.

 

Détail technique : on remarquera que la matière n’a pas été totalement évidée au niveau des pieds, malgré tout bien découpés. Cela permet de répartir le poids de la statue sur une surface plus importante que les simples chevilles (dos de la statue plein, côtés de la robe, surface place sous les pieds).

 

INTERPRETER

Le roi est montré ici comme celui qui prodigue la prospérité à son peuple. Le vase aux eaux jaillissantes,  poissonneuses, est un attribut porté généralement par les dieux. En  contrepartie de sa piété (cf Statue « l’architecte au temple »), les dieux accordent à Gudea ce bienfait.

 

 

Richelieu RDC Salle 3

 

Code de Hammurabi

(1792-1750 av. n.è.)

Sb8

© 2009 RMN / Franck Raux

 

Les élèves arrivent désormais devant une des pièces les plus célèbres du Louvre.

 

RESSENTIR

La hauteur de cette stèle, sa forme irrégulière, la longueur du texte et la solennité de la scène du relief en font de nouveau un objet saisissant. On peut commencer à le découvrir en évoquant son destin antique : comme la Stèle de Naram-Sîn, le Code d’Hammurabi a connu au XIIe s. un transfert depuis la Babylonie, région de sa création et de son exposition originelle, jusqu’à l’acropole de Suse, lieu du pouvoir élamite, où il fut exposé comme butin de guerre. C’est dire, déjà, son importance.

 

OBSERVER

Décrire la partie figurée du relief : qu’est-ce qui oppose les deux personnages, l’un humain, l’autre divin ?

On décrit tout ce qui oppose le roi et le dieu : taille (roi plus petit (car plus humble) que le dieu, qui est assis sur un trône et une estrade (= la montagne ?), ce qui permet de respecter la règle d’isocéphalie : les têtes sont au même niveau) ; les attitudes (debout, geste de la main devant la bouche en signe de respect / assis, gestes d’adresse directe), les objets symboliques (coiffes : bonnet / tiare à cornes), les vêtements (tunique / robe à volants).

On notera un détail qui permet d’identifier le dieu : les rayons qui sortent des épaules indiquent qu’il s’agit de Šamaš, dieu du Soleil et de la Justice (puisque dans sa course, le Soleil voit tout).

 

INTERPRETER

Que représente la scène ?

Il s’agit d’une investiture : les insignes du pouvoir sont montrés puis donnés par le dieu au roi : l’anneau, le bâton (sceptre). Le relief a ainsi un lien direct avec le texte écrit à sa suite : investi du devoir (et du pouvoir) de rendre la justice par le dieu Šamaš, Hammurabi diffuse dans le royaume un « code » gravé sur des stèles identiques à celle-ci. Bien que n’étant pas le premier roi à écrire le droit (des documents du IIIe millénaire attestent déjà cette pratique), il devient par cet acte le modèle du roi épris de justice, défenseur de l’opprimé, sous le regard des dieux.

 

Prolongement LCA

Code de Gortyne (Ve s.) – un bloc rapporté au Louvre : fragment d’une loi sur les héritages (Ma 703).

 

Voir une étude de l’inscription complète et bien documentée sur ce lien :

http://lespierresquiparlent.free.fr/Gortyne4.html

 

Livret de salle : extrait du Code

 

Richelieu RDC Salle 4

Frises en relief de la Cour Khorsabad 

(vers 720 av. n.è.)

© Musée du Louvre/A. Dequier

Transport du bois de cèdres

AO 19888 à 19891 

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

 

Offrandes des ambassadeurs 

AO 19873

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Thierry Ollivier

 

Sargon et un haut dignitaire

 AO 19874

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Thierry Ollivier
 

Sargon II (règne de 721 à 705) fit construire une nouvelle capitale et un palais à une quinzaine de kilomètres au nord de Ninive. La main d’œuvre et les matériaux nécessaires à sa création vinrent de partout [Cf Livret de salle], et les textes qui en témoignent insistent sur le dédommagement que le roi offrit aux populations expropriées mais aussi sur la prospérité du royaume et la puissance du roi démiurge.

 

RESSENTIR

Les élèves vont de surprise en surprise : les salles du Proche Orient ancien sont décidément grandioses et réservent des surprises… de taille. On pourra faire le tour de la cour, bien entendu, mais on n’approfondira ici que deux ensembles. Le premier, « le transport du bois de cèdre », plaît par son exotisme, le bestiaire fantastique qu’il déploie : il est une véritable invitation à la narration. Le deuxième séduit généralement par le pittoresque des costumes et le traitement des barbes et chevelures.

 

OBSERVER

Transport du bois de cèdre

Mettre en récit le trajet du bois, depuis les montagnes du Liban (panneau de droite) jusqu’aux rives de l’Assyrie, où les troncs sont déchargés puis charriés, en passant par le transport des poutres embarquées ou remorquées. Une faune marine agrémente les panneaux, ainsi que des monstres hybrides (homme sirène, taureaux ailés). On peut utiliser le passage du mythe de Gilgamesh (La lutte contre le monstre Humbaba).

 

Défilé des ambassadeurs

Suivre la frise et établir la liste des offrandes apportées au roi. Noter tout ce qui relève de cadeaux somptueux.

Mobilier et vaisselle précieux, chevaux de race… tous ces cadeaux peuvent aussi bien avoir été confectionnés pour le roi qu’être des éléments de butins.

 

Les ambassadeurs sont-ils tous représentés avec les mêmes traits ? Pourquoi ?

On peut travailler le vocabulaire du portrait à cette occasion.

Remarque : les personnages imberbes en longue robe portant des banquettes sont identifiés comme des eunuques, qui pouvaient occuper de hautes fonctions à la cour assyrienne.

 

Sargon et un haut dignitaire

Laisser les élèves repérer où se situe le roi parmi tous les panneaux de la salle : en suivant l’ordre du défilé et en repérant quelques indices (tiare, qui comporte des traces de couleur rouge ; port altier ; bâton et épée), ils trouveront sans peine le panneau de «Sargon et un haut dignitaire ». On décrira l’attitude de respect du dignitaire (geste des mains) placé à gauche.

 

INTERPRETER

Les panneaux jouent-ils uniquement un rôle esthétique (ils décorent les façades de la cour du palais) ?

 

Quelle importance peut avoir le bois à l’époque ? Quelle image du roi se dégage ainsi à travers cette scène ?

La scène de transport de bois de cèdre n’a pas qu’un intérêt esthétique : elle rappelle que le bois est le matériau indispensable à l’érection des palais royaux -les créatures hybrides ont un rôle protecteur de la cargaison-, et que le développement et le maintien de routes commerciales pour s’approvisionner en matières premières, parfois précieuses, est le signe de la puissance du souverain. Une interprétation récente propose d’ailleurs d’y voir (en l'absence de texte inscrit sur les panneaux) le transport du bois depuis l’île de Chypre, récemment passée sous la domination de Sargon II. Exposée sur la façade de la cour d’honneur, une telle scène célèbrerait un haut fait récent du roi et l’étendue de son royaume.

 

Comment interpréter le fait de représenter une telle variété de peuples, de cadeaux sur les panneaux de la « cour Khorsabad » ?

Les peuples soumis au roi doivent payer l’impôt ; les différences de traits, de costumes, voire de présents des délégations représentées, venues de régions très diverses de l’empire assyrien, reflètent cette diversité ethnique, et insistent eux aussi sur l’étendue de la puissance du roi.

 

Livret de salle : textes 

 

Sully RDC Salle 10

 

Statue de la reine Napir-Asu

(1340-1300 av. n.è.)

Sb 2731

© 2010 RMN / Franck Raux

 

RESSENTIR

On est souvent sensible, devant cette statue, à son aspect massif, à sa lourdeur, mais aussi, par contraste, aux mouvements gracieux que dessinent les vêtements (ondulations des franges du bas de la jupe) et leur superposition, aux effets de matière que créent les motifs gravés ressortant sous la lumière de la salle. En outre, les élèves ne manqueront pas de s’étonner et de se réjouir de croiser une reine sur leur parcours.

 

OBSERVER

On peut positionner les élèves en deux endroits pour décrire la statue sous deux angles différents : de face et de côté (gauche pour l’observateur). Les gestes, les superpositions de vêtements, les détails de réalisation technique de la pièce seront écrits avec plus de détails.

 

Décrire la parure du personnages, ses vêtements, en insistant sur sa richesse.

La femme est parée de bijoux : quatre bracelets autour du poignet droit, une bague à l’annulaire gauche… et tout ce qui a pu disparaître avec le haut du corps.

La robe est longue, à manches courtes ; il est difficile de décrire les détails : s’agit-il d’une robe composite et/ou de superposition de vêtements ? Le haut est décoré de cercles pointés, mais des franges terminent le bas de la robe ; une bande verticale frangée à décor géométrique est visible sur le devant, mais se replie sous la taille et repasse à l’horizontale ; un châle recouvre le dos et les épaules…

 

On peut s’amuser à chercher l’inscription, qui se trouve sous la bande de tissu horizontale. Elle nous apprend le nom de celle qui a offert la statue à sa propre effigie (Napir-Asu) et formule des malédictions contre qui oserait la profaner [cf Livret de salle].

 

Tenter d’expliquer comment a été conçue cette statue.

Un noyau de bronze, encore bien visible en haut et en bas du fait de l’état de conservation de la statue,  montre que la technique de la fonte pleine a été utilisée : la statue est pleine et non creuse, ce qui représente une grand habileté technique de la part des artisans, et une dépense considérable en raison du poids de métaux utilisé pour la concevoir. La fente visible sur les côtés a certainement servi à fixer un placage en or ou en argent à l’époque.

 

INTERPRETER

Que peut-on conclure du statut social de cette femme au vu de sa parure, de ses vêtements ? Qui peut s’offrir une telle statue ?

La taille de la statue, grandeur nature, sa fabrication en fonte pleine, et le soin porté aux détails dans son apparence indiquent l’importance dans la société de l’époque de la femme qu’elle représente. Cela est confirmé par l’inscription : Napir-Asu était l’épouse d’un roi médio-élamite du XIVe siècle. 

 
 
 
Sully RDC Salle 12
 
 

Eléments architecturaux de l’Apadana de Suse 

(vers 510 av. n.è.)

 

Chapiteau d’une colonne de la salle d’audiences 

AOD 1

Chapiteau d'une colonne de la salle d'audiences (Apadana), du Palais de Darius Ier, vers 510 avant J.-C.

© 1999 RMN / Hervé Lewandowski / Franck Raux

 

 

 

Archer de la frise des archers

Sb 21965

© 2000 Musée du Louvre / Christian Larrieu

 

Suse fut la capitale administrative de l’empire perse Achéménide. Darius Ier le Grand (522-486) fit construire vers 510 avt J.-C. la salle d’audience du palais, l’Apadana. La cour de l’Apadana permet de comprendre comment le roi construit l’image de son pouvoir et de sa toute-puissance : qui peut construire un tel palais, sinon un dieu -ou l’homme placé à la tête des autres par les dieux ? Les archers qui assurent la garde du roi (s’il s’agit bien d’eux ici) semblent eux-mêmes dotés d’une aura merveilleuse : ne sont-ils pas nommés les Immortels ?

 

Chapiteau à double protome de taureaux

RESSENTIR

Comment ne pas se sentir petit, écrasé même, lorsqu’on se place sous l’œil sévère d’un de ces deux taureaux de chapiteau de colonne du palais de Suse ? Poussons l’étonnement des élèves encore plus loin : apprenons-leur que la partie visible au Louvre (5,50m de haut environ) ne constitue que le quart supérieur de la colonne qui devait mesurer 22m de haut ! Qui plus est, la salle d’audience du palais comportait 36 colonnes (qu’on peut faire compter aux élèves grâce au plan reconstitué placé sur le cartel). La stupéfaction est garantie !

L’étonnement pourrait provenir des poutres posées sur chapiteau, en raison de leur grosseur mais aussi de leur état de conservation. En réalité, elles ont été ajoutées par Marcel Dieulafoy à la fin du XIXe s. afin de mieux visualiser ce que pouvait être le plafond d’origine en bois.

 

OBSERVER

L’ensemble architectural présenté est composé de trois éléments : les décomposer.

On distingue les poutres de bois modernes ; le double protome de taureaux, constituant le chapiteau ; un élément décoratif de volutes, qui était une partie intermédiaire entre le chapiteau (au dessus) et un ornement en corolle de palmier (en dessous) à la suite duquel venait ensuite le fût de la colonne (ces deux dernières parties n’étant pas exposées ici).

 

INTERPRETER

Que peut symboliser le taureau ?

Le motif du taureau serait repris d’amulettes mésopotamiennes du IIIe millénaire : ce sont des animaux apotropaïques, qui repoussent les forces délétères, tout ce qui pourrait nuire à la puissance du roi. Ils sont aussi un symbole de force, dont la fougue semble ici maîtrisée sous le poids des plafonds érigés par la volonté du roi. Le roi ou le dieu domptant les forces sauvages représentées par des animaux est également un motif bien présent dans l’art mésopotamien.

 

Frise des Archers

RESSENTIR

Les couleurs des glaçures des briques moulées de la frise des Archers écarquilleront les yeux des élèves, dans un dernier moment enchantement au terme de ce parcours dans les salles du Proche Orient ancien.

On pourra être frappé par l’impression d’ordre, de symétrie d’ensemble de la frise également, qu’on interprètera ensuite.

 

OBSERVER

Comment est réalisé un panneau d’archer ?

21 rangs (ou « assises ») de briques moulées, en relief, revêtues de glaçure, constituent chaque archer, compris entre deux bandes de triangles… dans la reconstitution qu’on en propose ici. De fait, les murs n’ont pas été mis au jour à la verticale ; pire, les briques étaient éparpillées sur le site, en raison de leur remploi comme matériau de construction dans l’Antiquité, si bien qu’on ne peut que présumer qu’elles ornaient originellement les cours intérieures du palais.

 

Décrire un archer, et comparer à ses voisins.

Ils sont revêtus de la même robe d’apparat à manches longues, ont la même pose figée (la lance reposant sur le pied gauche avancé) et les mêmes traits, portent la même panoplie (arc, carquois, lance à l’embout arrondi en argent) et les mêmes bijoux (anneaux plats aux oreilles, bracelets ouverts à motif animalier, un serre-tête tressé). En dépit de cette ressemblance (impression de copier-coller), ils se distinguent par les motifs de leur robe : alternance de rosettes sur fond jaune et de tours de forteresse sur fond crème.

 

Comment est composée la frise dans son ensemble ?

Les archers sont en rang, un pied en avant, et de même taille (règle d’isocéphalie), dans une pose figée et semblable d’un individu à l’autre.  Deux groupes d’archers marchent l’un vers l’autre, créant une symétrie axiale et un grand équilibre de la scène.

 

INTERPRETER

Quelle impression crée la composition telle qu’elle a été reconstituée ici par Marcel Dieulafoy (dans les années 1885-1886) ?

Cela crée une impression d’équilibre et d’harmonie générale. Il s’agit de signifier ici le caractère inébranlable de la puissance perse, l’ordre qui règne dans un empire gigantesque, l’aspect universel du respect craintif et de l’obéissance au Grand Roi, en dépit de la multiplicité des peuples et cultures qui l’habitent.

 

Qui peuvent être ces soldats ?

Plusieurs hypothèses ont encore cours à leur sujet : on les rapprochés des « Dix Mille » ou « Immortels » évoqués par l’historien grec Hérodote (Ve s. av. J.-C.), une garde d’élite du Roi perse [voir Livret de Salle]. Il pourrait d’agir d’une représentation du peuple perse dans son ensemble, comme un seul homme en armes prêt à défendre son roi.

 

***

On l’aura compris, le programme iconographique de l’Apadana vise à exprimer sans réserve la toute puissance du Grand Roi des Perses, devant lequel ses sujets devaient montrer une obéissance sans faille et un respect sans commune mesure, en avançant vers lui dans l’attitude de la proskénèse, tête et yeux baissés, dos voûté.

 

Prolongement LCA 

Description de la Perse par Hérodote [Livret de salle]

 

Livret de salle : Texte sur les matériaux et artisans venus du monde entier ; texte d’Hérodote

 

 
 
 
 
Avant la visite

Proposition de préparation en amont

Livret de salle ; lecture du mythe de Gilgamesh (voir Piste de visite et conseils bibliographiques)

 

Après la visite

Activité en classe 

Proposition de piste de séquence pédagogique,  d’exploitation de matériel relevé pendant la visite (dessins, photographies, notes…), d’activités, de ressources complémentaires etc.  A définir selon chaque parcours.

Le Livret de salle peut être complété en amont et en aval de la visite. Les pistes LCA peuvent faire l’objet d’une séance en classe en recourant au site du Louvre.

 

 

Ressources complémentaires
En ligne

Liens vers documents et / ou médias en ligne

Pour enrichir cette piste de visite

Un livret de salle pour les élèves à télécharger (en PDF) PDF icon

Un livret pour les enseignants à télécharger (en PDF) PDF icon

 

D'autres Pistes de visite

« Le Proche-Orient ancien à travers les mythes. L’épopée de Gilgamesh. »

« Aux arts les citoyens ! »

 

Œuvres à la loupe

Code de Hammurabi

 

Khorsabad

Sur le site « L’Histoire par l’image » (via edutheque)

https://www.histoire-image.org/etudes/fouilles-khorsabad

https://www.histoire-image.org/etudes/seconde-mission-francaise-khorsabad

 

Palais de Suse de Darius Ier

http://www.achemenet.com/fr/tree/?/sites-archeologiques/suse

 

 

Bibliographie

Béatrice André-Salvini, Le Code de Hammurabi, Collection Solo, Paris, 2003.

Agnès BENOIT, Les Civilisations du Proche-Orient ancien, Manuel de l’École du Louvre, RMN éditions, Paris, 2003.

J. BRIEND, A. CAUBET, P. POUYSSEGUR, Le Louvre et la Bible, Bayard, Paris, 2004.

Elisabeth LE BRETON, Du verbe à l’écrit. La Naissance de l’écriture en Mésopotamie, Louvre, Chercheurs d’art, 2003.

Annexe