Les œuvres de l'exposition

La Kermesse ou Noce au village

Pierre Paul Rubens (Siegen, Allemagne actuelle,1577 - Anvers, Belgique actuelle, 1640) Huile sur toile Musée du Louvre
1635-1638
1,49 m x 2,61 m


Le peintre prend prétexte d’une fête paysanne pour représenter des corps en mouvement. Des groupes de villageois sont disposés en cercle dans des attitudes variées. Des couples de danseurs forment une farandole qui s’étire selon une ligne sinueuse. La position des bras et jambes suggère la décomposition d’un même mouvement.  Aux jeux de courbes, le peintre associe des touches de couleur rouge qui rythment la scène tout comme les coups de pinceau rapides. À la sensation de tourbillon s’oppose le calme du paysage. 

 

Exposé au Louvre dès 1793, le tableau qui a appartenu à la collection de Lebrun était l’un des chefs-d’œuvre de la collection de Louis XIV rivalisant avec celle des rois d’Espagne qui depuis Philippe IV possédaient l’un des ensembles les plus importants de Rubens ont la célèbre Ronde paysanne proche de la Kermesse du Louvre. Le tableau a d’ailleurs été présenté au Louvre en 1849 à côté de l’Ile de Cythère de Watteau qu’il avait inspiré.

Héritier de la tradition moralisante des noces villageoises flamandes inventées par Pieter Brueghel l’Ancien au 16e siècle, Rubens renouvelle ici ce genre en intégrant le motif dans un vaste paysage italianisant. La présence du groin du cochon au 1er plan à droite, symbole de la gourmandise, surmonté à l’arrière-plan en haut par la silhouette de l’église symbolise cette synthèse entre les deux traditions. À l’apogée de son art, à la fin de sa carrière, Rubens compose avec virtuosité ce tumulte organisé dépassant les catégories artificielles d’art baroque et classique : le goût pour les détails grivois, l’abondance des corps débraillés, l’excès des positions des couples s’adonnant à la débauche - nouvelle bacchanale - s’ordonne pour autant dans un vaste paysage classique selon une ligne de fuite en diagonale aboutissant à l’église.

 

Voir aussi :

Rubens, la Ronde paysanne du Prado

 

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux