Le site de Samarra


Samarra se situe en Irak, au nord de Bagdad, dans une zone de steppes. L’origine du site remonte au 5e millénaire avant J.-C. En 836 après J.C., le calife abbasside al’Mutassim en fait la capitale de son vaste empire, qui s’étend de la Tunisie à l’Inde. La ville, construite en briques crues et briques cuites, se développe sur 50 km le long du Tigre. Des innovations architecturales et artistiques y voient le jour et se répandent ensuite dans d’autres régions du monde islamique, notamment l’utilisation importante des décors en stuc ou en plâtre.
Avec le retour des califes à Bagdad en 892 après J.C., la ville et ses campagnes environnantes sont peu à peu abandonnées. Néanmoins, après la disparition des monuments de Bagdad, Samarra, bien qu’en grande partie enfouie, reste le seul, voire le meilleur témoignage du califat abbasside.


 

 

Ernst Herzfeld, archéologue
Ernst Herzfeld, né en 1879 près de Hanovre, est un chercheur et archéologue allemand. Il reçoit une éducation classique, comprenant la maitrise de nombreuses langues anciennes ; il obtient un diplôme d’ingénieur équivalent à celui de Polytechnique. Après son doctorat sur le Proche orient en 1907, il se passionne pour l’art islamique et rejoint la Société orientale allemande. Il se rend d’abord sur le site d’Assur, puis en 1911 à Samarra, alors sous domination ottomane, où il réalise des fouilles. En 1920, il devient le premier professeur titulaire au monde en archéologie du Proche orient. En 1935, révoqué de son poste, il fuit l’Allemagne nazie et s’installe aux Etats-Unis. Il effectue une dernière mission au Caire en 1947. Malade, il rentre et meurt en Suisse en 1948.
Durant ses campagnes de fouilles, de par sa formation, il applique une méthode scientifique de classement toujours utilisée aujourd’hui.

 

Il publie de nombreux ouvrages qui, accompagnés de ses archives personnelles (carnets de croquis de voyages, cartographie rigoureuse des sites, milliers d’aquarelles, de photographies…), aujourd’hui conservées aux Etats-Unis, constituent une des plus riches documentations sur la région.

 

 

A propos des fouilles
Les fouilles de Samarra, entreprises par Herzfeld à partir de 1911 sont les premières sur un site islamique.
Il met au jour des maisons privées, deux mosquées avec des minarets en spirale (sur le modèle de la ziggourat mésopotamienne) et surtout, au centre de la ville, le dar al-Khalifa, vaste complexe palatial de 125 hectares pour le calife et son entourage. Le palais se divise en espaces publics (dar al-Amma) et en espaces privés (Jawsaq al-Khaqani).  La décoration y est originale, avec l’utilisation de panneaux de pierre et de stuc sculptés, de poutres en bois peint, de carreaux de céramique à décor de lustre métallique et de peintures murales aux motifs humains, animaux ou abstraits. Le site n’ayant été que brièvement occupé, les vestiges trouvés sont donc bien datés et constituent une base très fiable de comparaison avec des œuvres d’autres régions. Un accord de partage des objets trouvés est établi entre l’Allemagne et l’empire ottoman, mais de nombreuses caisses sont abandonnées pendant la guerre, récupérées par les Britanniques en 1917. Les artefacts sont ensuite dispersés dans les différentes collections islamiques du monde, dont en France. Herzfeld, parti en 1913, revient sur le site en 1923 mais celui-ci a été endommagé par la guerre.

 

 

Au musée du Louvre
Le vantail, qui entre dans les collections du Louvre en 1938, provient du site de Takrit, à quelques kilomètres au nord de Samarra. Avec son pendant, aujourd’hui conservé à Athènes, il a été remployé dans une sépulture plus tardive. Chaque vantail est en bois de teck, matériau précieux importé d’Inde et denrée rare en Mésopotamie. Il est décoré de trois panneaux rectangulaires disposés verticalement, ornés de motifs en éventail et en feuilles à 5 lobes, dans un ‘’style biseauté’’. Des traces de couleur font penser que le vantail était peint. De par son style et sa haute taille (2,4 mètres de haut), Herzfeld identifie rapidement le vantail comme appartenant à l’une des portes du palais de Samarra.

 


Crédits images : The Ernst Herzfeld papers. Freer Gallery of Art and Arthur M. Sackler Gallery Archives. Smithsonian Institution, Washington, D.C, FSA A.06 05.1101; The Ernst Herzfeld papers. Freer Gallery of Art and Arthur M. Sackler Gallery Archives. Smithsonian Institution, Washington, D.C, FSA A.06 04.PF.22.006 ;  © New York, the Metropolitan Museum of Art; The Ernst Herzfeld papers. Freer Gallery of Art and Arthur M. Sackler Gallery Archives. Smithsonian Institution, Washington, D.C, FSA A.06 07.01.48; © Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hugues Dubois