Fouiller, classer, interpréter et rêver

Présentation
En lien avec les programmes du cycle 3, cette piste se veut une initiation au travail archéologique, depuis le savoir livresque des premiers savants-archéologues du XIXe siècle jusqu’aux fouilles et aux découvertes de trésors, qu’il faut ensuite classer et interpréter. Recherche de vérité pour l’archéologue et fiction pour le bédéiste font ici revivre le passé.
Parti pris
Dans chaque salle, une ou deux œuvres sont privilégiées, mises en regard avec des planches de Bande dessinée. Le questionnement face aux œuvres sera utilisé pour susciter l’intérêt des élèves.
Public
Cycle 3 (CM1-CM2/6ème)
Objectifs
Aborder les méthodes de l’archéologie à travers l’observation d’œuvres. Confronter la démarche scientifique de l’archéologue à celle, plus sensible et subjective, de l’artiste bédéiste.
Mots clefs
Archéologue, fouilles, découverte, trésor, classement, stratigraphie, interprétation, Histoire et Géographie
Matériel
Papier et crayon
Parcours

Jean François Champollion

Léon Cogniet (Paris, 1794-Paris, 1880)
Huile sur toile, 1831
INV 3294

 

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado


SALLE 1

Cette première étape permet de comprendre la figure de l’archéologue au XIXe siècle avec Champollion comme savant qui ouvre la voie à l’archéologie égyptienne.

On identifie tout d’abord Jean-François Champollion et après une observation précise, on décrit son portrait réalisé par Léon Cogniet. Il est vêtu avec élégance (veste sombre, cravate nouée, mais avec une chevelure et une barbe en désordre), la main rentrée dans sa veste. On précise qu’il reprend une position souvent utilisée par Napoléon Bonaparte, dont il se fait l’héritier. Son regard montre sa détermination. En arrière-plan, on remarque un paysage désertique, celui de l’Egypte et plus précisément de Thèbes (les deux colosses de Memnon sont repérables à droite).
A l’aide du cartel ‘’focus archéologue’’ qui lui est dédié en salle 4, on revient sur les grandes étapes de sa vie : en 1822, à 32 ans, nourri d’études sur l’Antiquité et en maitrisant de nombreuses langues, il est le premier à déchiffrer les hiéroglyphes à partir de la pierre de Rosette. En 1827, il prend la tête du musée égyptien au Louvre. Ce n’est qu’en 1828 qu’il se rend en Egypte et en rapporte de nombreux écrits.

                                                                          
                                                                          
                                                                                                               © Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

On fait ensuite observer aux élèves les journaux de fouilles de G. Legrain. Les élèves reconnaissent des relevés de hiéroglyphes et d’architecture donc des fouilles effectuées en Egypte. Ces carnets témoignent du travail quotidien de l’archéologue à la fin du XIXe siècle, sur le site de Karnak.

 

                                                                                                
                                                                                                                                                          © François Schuiten

En regard, on invite les élèves à repérer dans la même salle, la planche de BD de François Schuiten : Où se trouve l’archéologue ? Décrire tous les objets qui l’entourent. Que peut-on en déduire sur le travail qu’il mène ? Quel aspect de son métier l’artiste veut-il montrer ici ?
 

Apollon de Piombino

Trouvé dans la mer, près de Piombino (Toscane; Italie)
Bronze, cuivre, argent
Vers 130-100 avant J.-C
Br 2


© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle



SALLE 2

La deuxième salle est consacrée à la découverte du vestige par l’archéologue, notamment la découverte inattendue.

D’où vient cette statue ? Où a-t-elle été trouvée ? Où a-t-elle été fabriquée ?

Une observatoin minutieuse de cette statue et du cartel permet aux élèves d’identifier le dieu Apollon et de le rattacher au panthéon grec. Puis on retrace le parcours de la statue, depuis le monde grec et la Méditerranée orientale (l’Ile de Rhodes au large de l’Anatolie), jusqu’en Italie. Enfin, on fait le récit des conditions dans lesquelles l’œuvre a été retrouvée en 1832, dans une épave au large de Piombino, sur la côte italienne. On explique aux élèves que c’est grâce à un naufrage que la statue a été préversée depuis l’Antiquité (les autres, sur le même modèle, ayant été fondues). On aborde ainsi l’archéologie sous-marine, ainsi que la part du hasard dans certaines découvertes archéologiques. Une question sur la présentation de la statue dans l’exposition montre que la scénographie met en valeur l’archéologie sous-marine.

 

                                                                                                
                                                                                                                                                 © Paul et Gaëtan Brizzi

En regard, on invite les élèves à repérer dans la même salle, la ou les planches de BD illustrant la découverte archéologique inattendue, puis de les décrire. La découverte a-t-elle lieu sous la mer, dans le désert… ? On fait insister sur les sentiments exprimés par les personnages : surprise, joie…

 

Stratigraphie de Suse

 

SALLE 3 (COULOIR)

Après la fouille et la mise au jour de nombreux objets vient le temps du classement et de la datation.

Une vue d’ensemble de la vitrine permet de répondre à ces questions : A quel niveau du sol se trouve-t-on ? Quels éléments de la scénographie le prouvent ? Comment sont disposés les objets et pour quelles raisons ? On définit alors la notion de stratigraphie : la superposition de couches, les plus anciennes étant généralement les plus profondes et recouvertes des couches les plus récentes. Lors de fouilles, les objets peuvent donc être datés selon la profondeur à laquelle ils ont été retrouvés. On insiste sur la scénographie qui permet une immersion dans le sol, sous le tell, à la hauteur des différentes couches trouvées.

Dans un deuxième temps, on fait observer la stratigraphie de Suse pour en délimiter les dates : De quelle époque datent les objets les plus anciens ? Les plus récents ? On en déduit une occupation continue du site sur environ 6000 ans. On interroge les élèves sur les nombreux objets retrouvés et leurs différents usages : quels sont objets du quotidien et ceux qui leur paraissent très précieux ? On peut rappeler que dans la haute Antiquité, le bronze était réservé à une élite.

Ensuite, on fait rechercher quelques moments clés : les premières formes d’artisanat, à partir de 4200 avant J.-C.,, grâce aux productions en céramique, puis l’apparition de l’écriture, entre 3100 et 2750, à partir des premières tablettes d’argile.
L’observation d’écritures arabes sur le bol du VIIe-VIIIe siècle atteste une présence musulmane dans la région, tandis que les écritures grecques sur la stèle de l’Hymne au soleil entre les IVe et IIe siècles av JC témoignent d’une occupation grecque. On explique ainsi la succession de différentes cultures sur le site.

 

                                                                                                
                                                                                                                                                © Florent Chavouet

En regard, les élèves observent une des planches de L’Ile Louvre de Florent Chavouet : Quels sont les points communs entre ces objets ? L’auteur a –t-il respecté un classement chronologique ou une stratigraphie ?

 

Sarcophage en forme de momie
Egypte
Bois peint, dorure, 1295-1069 avant J.-C
N 2631

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Georges Poncet

Momie de chat

Egypte
Etoffe peinte, Basse Epoque (664-632 avant J.-C)
N 2678

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps


SALLE 4

La quatrième et dernière salle est dédiée à l’interprétation des vestiges trouvés et permet de confronter la démarche scientifique de l’archéologue, qui est en quête de vérité, à celle de l’artiste bédéiste, qui laisse une plus grande place à la fiction et au rêve.
           
Après avoir en introduction rattaché les deux momies à la civilisation égyptienne, on aborde avec les élèves la question centrale ici de l’interprétation : Que nous apprennent ces deux objets sur la civilisation des Egyptiens, la manière dont ils vivaient il y a plus de 3000 ans ?
Observons la première œuvre : un cercueil en bois peint, richement décoré et doré, représentant le corps d’une femme, dans la position d’une momie (celle-ci se trouve à l’intérieur d’un deuxième cercueil). Elle porte une ample perruque, un collier, ses bras sont croisés sur sa poitrine. A la hauteur de sa taille, une femme agenouillée déploie ses ailes ; il s’agit de Nout, la déesse du ciel. Sur ses jambes, trois lignes verticales portent des hiéroglyphes qui ont permis d’identifier la défunte et sa fonction : Tamoutneferet, chanteuse d’Amon, le dieu du soleil. On y lit aussi des prières adressées à Nout.
A proximité, observons la seconde momie, celle d’un chat, enserré dans des bandelettes et identifiable à sa tête.
Vient ensuite le temps de l’interprétation : pourquoi les Egyptiens momifient-ils leurs morts, les humains comme les animaux ? Les élèves sont amenés à formuler des hypothèses : Pour protéger leurs corps ? Pour leur permettre, d’après leurs croyances, d’avoir une vie éternelle ? De garder un souvenir de leur animal de compagnie… ? La lecture des deux cartels montre que si les momies humaines doivent assurer au défunt une vie éternelle dans l’au-delà, il en va autrement pour les chats, élevés dans des sanctuaires puis sacrifiés et offerts à Bastet, la déesse chatte du foyer, pour en obtenir la protection.

 

                                                                                                
                                                                                                            © Nicolas de Crécy

En regard, on invite à repérer dans la même salle une planche de Bande dessinée ayant pour thème la momie égyptienne. Est-elle inanimée ou animée ? Se trouve-t-elle dans son époque d’origine, dans la nôtre ? Apparait-elle comme un personnage sympathique, effrayant… ? Quel sentiment suscite-t-elle chez le lecteur ?

 

                                                                                                
                                                                                                                    © RMN-Grand Palais (musée d'Archéologie nationale) / Franck Raux

Pour finir, dans la même salle, on s’intéresse à un reste animal, la canine d’un ours. On évalue la taille de la dent à 11 cm de hauteur, puis on localise et on date l’objet : l’Ardèche, dans le sud de la France, à la Préhistoire, il y a plus de 40 000 ans. Que nous apprend cette dent ? On fait émettre aux élèves des hypothèses et on en déduit que les ours étaient présents sur une grande partie du territoire, qu’ils vivaient et hivernaient dans les cavernes et enfin qu’ils côtoyaient les Hommes qui ont pu utiliser leurs dents et os pour leurs outils et bijoux.

 

Avant et après la visite

Avant la visite

Une séance d’introduction à la visite permet de questionner les élèves puis de leur rappeler que le terme "histoire" vient du mot grec "historia" signifiant "enquête" et qu’elle a pour objectifs l’étude, mais aussi l’écriture des événements passés. Pour cela, elle s’appuie sur les traces du passé, des sources, que l’on regroupe en trois catégories : les sources écrites, les sources orales et les vestiges (objets, bâtiments…). C’est sur ces derniers que repose le travail de l’archéologue (du grec "archaios" : ancien et "logos" : discours) qui étudie l’Homme et les civilisations à partir des vestiges matériels conservés, le plus souvent à mettre au jour.
Les techniques de l’archéologie peuvent ensuite être évoquées : le repérage du site et la délimitation des zones à fouiller, la fouille à l’aide d’outils spécialisés, le tri et la reconstitution éventuelle des objets, enfin la datation et l’interprétation des vestiges.

En amont, un travail sur la frise est conduit : la distinction entre préhistoire et Histoire, le rappel des quatre périodes historiques.

 

Après la visite

Activité en classe:

1) Carnet de voyage d’un archéologue
Au CDI, à la BCDI ou en salle informatique, les élèves recherchent d’autres savants–explorateurs-archéologues à l’origine de découvertes archéologiques célèbres (ex : P-E Botta à Khorsabad, H. Carter pour la tombe de Toutankhamon…). Sur une carte du bassin méditerranéen et du Proche orient, on localise ses découvertes.
En groupes de 2 ou 4, à partir de ces récits, les élèves rédigent ensuite un carnet de voyage sur le modèle de ceux vus dans l’exposition. Ils y font le récit du voyage, des fouilles et découvertes, et y intègrent des illustrations : plans, dessins, croquis des sites, écritures (hiéroglyphes, écritures cunéiformes…)

2) Archéologues du futur
Chaque élève apporte un objet du quotidien. Puis on leur explique qu’en l’an 5000, des archéologues ont découvert ces objets et qu’ils doivent les interpréter. Comment les classer ? A quoi servaient ces objets ? On fait rédiger une petite notice explicative pour chaque objet.



3) De la recomposition à l’exposition
On distribue aux élèves (en groupe ou non), une pochette contenant des fragments issus de divers matériaux (carton, tissu, plastique…). Puis les élèves sont amenés, tels des chercheurs, à reconstituer un objet à partir de ces éléments, et à en imaginer les parties manquantes.
Dans un second temps, avec les différents travaux réalisés, on réfléchit à la manière de les présenter si une exposition leur était consacrée : rédaction du cartel, disposition, scénographie/graphisme…

4) De la frise égyptienne à la Bande dessinée
Sur une feuille ou du papier kraft, les élèves, seuls ou par 2, dessinent une scène sur le modèle de l’art égyptien : personnages humains ou hybrides, cartouches avec des hiéroglyphes. Puis on assemble toutes les feuilles sur le mur de la salle de classe. On obtient ainsi une histoire mystérieuse (type cadavre exquis) à décoder et à interpréter.

5) Habiter l’espace : et avant mon établissement ?
Sur une carte de la commune, on localise l’établissement et son quartier environnant. On recherche sa date de construction. Puis on enquête sur ce qui existait avant : quelles activités trouvait-on ici au XXe siècle, au XIXe siècle, avant 1789… ? Une sortie sur le terrain, à la découverte du quartier et dans une démarche inductive, peut apporter des indices : types de bâtiments encore existant, noms des rues… On complète ces premières observations par une recherche en bibliothèque ou en salle informatique (textes, photos anciennes, cartes…). On fait ensuite le récit de l’histoire du quartier de l’établissement en remontant le temps.

6) Creuser et compter
Les élèves ayant abordé en cycle 3 les premières formules pour calculer les mesures de diverses grandeurs (longueurs, aires et volumes), on peut imaginer en mathématiques des exercices de calculs sur des périmètres de fouilles et des volumes de terre à creuser pour atteindre des objets enfouis à différentes époques.

7) Archéologues en herbe (cycle 2)
Dans un bac à sable, on dépose des couches de sable de différentes couleurs et on enfouit des objets du quotidien dans ces couches. Les élèves, devenus des petits archéologues, partent à la recherche de ces objets en dégageant les strates successives de sable. En classe, on fait une frise verticale avec les mêmes couleurs et les élèves replacent les objets trouvés sur la frise. On reprend ainsi la notion de stratigraphie vue dans l’exposition. Ensuite, on demande aux élèves d’imaginer une histoire (origine des objets, ancienneté, lien entre eux…)

Ressources Complémentaire
En ligne

Rubrique ‘’Images du Louvre’’ (Taureaux ailés de Khorsabad, venus de Milo)
https://www.louvre.fr/images-du-louvre
 
Site INRAP dont des séries de vidéos :
• les experts de l’archéologie : https://www.inrap.fr/mediatheque/recherche?f%5b0%5d=field_type_ressource%3A35830&f%5b1%5d=field_collection%3A111416
• les experts remontent le temps : https://www.inrap.fr/mediatheque/recherche?f%5b0%5d=field_type_ressource%3A35830&f%5b1%5d=field_collection%3A111415


Site de l’expo Futur antérieur (Jura, 2012)
http://www.centrejurassiendupatrimoine.fr/medias/Futur_Anterieur/copie_communique_de_presse_dole-05012012.pdf

 

Bibliographie

• Anne-Rose de Fontainieu, Archéologie, Une histoire sans fin, Giboulées 2012

• Angibous-Esnault Ch., Panique au château et autres aventures archéologiques d'Augustin, Fedora, novembre 2017, (à partir de 8 ans)

Arkéo junior, revue d'archéologie pour les enfants. (pour les 6-10 ans)

• Delestre X., 250 réponses à vos questions sur l'archéologie, 2009. (à partir de 12 ans)

• F. Dieulafait, Copain de l’archéologie, Milan.

• Filippo R. de, L’archéologie à petit pas, Arles, 2007. (pour les 8-12 ans)

• Jockey Ph., L’archéologie, Collection Idées reçues 162, Paris, 2008. (à partir de 12 ans)

• Kœnig V., L’archéologie. Les plus grandes découvertes de l’Antiquité à nos jours, Paris, 2000. (pour les 6-10 ans)

• P. Prévôt, Le plus vieux meurtre du monde, Milan.

Annexes

Prolongement collections permanentes   

Palais de Sargon II à Khorsabad (aile Richelieu, cour Khorsabad)
Palais du roi Darius de Suse (aile Sully)
Département des Antiquité égyptiennes (aile Sully)

 


 

Cette piste a été rédigée par Sylvia Pramotton, professeur d’Histoire-Géographie au lycée Louis Armand à Paris, professeur relais pour l’académie de Paris au Musée du Louvre.