L’autoportrait : quelle image donner de soi-même ?

Présentation
Le parcours évoque la naissance d’un genre pictural, l’autoportrait, et son évolution. L’image qu’un artiste livre de lui-même est un indice de sa place dans la société, de son statut qui se démarque de celui de l’artisan. C’est aussi un révélateur des réflexions de l’artiste sur lui-même ou sa conception de la peinture. Décoder ces choix c’est comprendre la dimension introspective de l’autoportrait et les enjeux de la représentation de soi.
Parti pris
On a privilégié la confrontation des œuvres afin de nourrir leur analyse.
Public
Cette piste s'adresse aux classes de collège (troisième) et lycée (seconde professionnelle)
Objectifs
Les objectifs sont de permettre d'appréhender les codes de l’autoportrait, s’interroger sur les intentions et les procédés utilisés ainsi que sur le contexte de réception de l’œuvre, ainsi que questionner la tradition pour enrichir la manière de se représenter.
Matériel
Vous aurez besoin de papier, crayon, tablette, pour la prise de notes.
Parcours

Albrecht Dürer,

Portrait de l’artiste tenant un chardon,

1493

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Thierry Ollivier

Se représenter : Naissance d’un genre

Salle 2

Laisser d’abord aux élèves un temps de déambulation libre dans la salle, afin de permettre à chacun de repérer les codes d’un genre qui émerge à la Renaissance.

  • Faire relever les dates des œuvres pour apprécier la permanence du genre.

Quelle représentation, quelle posture sont privilégiées ? (en buste, à mi-corps, de face, de trois-quarts…) Où est orienté le regard ? Des objets ou attributs sont-ils représentés ? Quel code vestimentaire ? Quel arrière-plan, lieu ou contexte ? Quels effets de lumière ?

Se focaliser ensuite sur l’autoportrait de Dürer afin de souligner, à travers ses singularités, les enjeux d’une telle représentation.

C’est un portrait de jeunesse (22 ans) dans lequel l’artiste se représente vêtu avec raffinement et tenant un chardon à la main. Faire observer le monogramme et l’inscription en allemand signifiant « Les choses m’arrivent comme il est écrit là-haut ». L’autoportrait autonome associé à la signature de l’artiste traduit son aspiration à sortir de l’anonymat, à s’affirmer comme individu, et à accéder à la dignité de la représentation, privilège réservé aux puissants. Plus qu’un portrait intime destiné à être offert à un être cher comme peut le suggérer le chardon, symbole de fidélité (voir le cartel littéraire), il est une démonstration du nouveau statut de l’artiste dans la société de la Renaissance.


 

Eugène Delacroix,

Portrait de l’artiste,

1837

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado

Affirmer la place de l’artiste dans la société

Salle 2

On rapprochera  cet autoportrait de Delacroix de celui de Dürer, en ce qu’ils affirment tous deux la position sociale de l’artiste. La distance temporelle permet d’apprécier l’étonnante promotion de l’artiste au 19e siècle.

Quelle image de lui-même  Delacroix souhaite-t-il transmettre ? On fera relever, outre l’élégance du vêtement, la distance installée avec le spectateur par la pose et l’expression  de l’artiste.

On croisera ces notations avec les textes des cartels littéraires dans lesquels des écrivains contemporains du peintre dressent son portrait. Faire relever les termes décrivant Delacroix comme un créateur de « génie », remarquable pour ce don inné qui fait de lui un artiste, donc admiré et reçu dans les salons de la haute société : « Cette tête nerveuse, expressive, mobile, pétillait d’esprit, de génie et de passion. » ; « Les succès refusés au peintre, l’homme du monde (Delacroix le fut toujours) les obtenait sans conteste » écrit Théophile Gautier. Baudelaire loue « notre grand peintre » comme un des « phares ». (dans le couloir d’introduction de l’exposition et en ligne)

Avec le 19e siècle se forge la figure de l’artiste moderne, créateur et comme tel valorisé socialement.

 

         

Rembrandt, Portrait de l’artiste au chevalet, 1660

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Tony Querrec

      

Jacopo Tintoret, Autoportrait, 1585

©  RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

 

Se livrer à une introspection

Mettre en évidence un autre type d’autoportrait par le rapprochement de ces deux œuvres. Il s’agit d’autoportraits sans concession d’artistes vieillissants. Faire observer les parentés formelles : Tintoret, âgé de 70 ans, et Rembrandt de 54 ans, se représentent sur un fond sombre duquel surgit, dans un fort contraste, un visage marqué par les ravages du temps et l’expression d’une certaine lassitude. Croiser ces observations avec les impressions que livre C.F. Ramuz devant le portrait de Tintoret.

Une démarche commune d’introspection unit les deux artistes qui, à travers leur saisissant portrait, livrent une réflexion intime sur eux-mêmes. L’autoportrait du Tintoret, peu familier du genre, s’apparente à une Vanité bien qu’il réponde ici à la commande d’un marchand soucieux d’enrichir sa galerie de portraits d’hommes illustres. Celui de Rembrandt s’inscrit au contraire dans une série chronologique comme le rappelle le texte de M.Yourcenar. L’artiste, qui s’est confronté à son image tout au long de sa vie, a laissé une centaine d’autoportraits peints et dessinés. Comment se représente-t-il ici ? dans l’acte de peindre, devant son chevalet, faisant à travers cet exercice la démonstration de sa virtuosité artistique.

Nicolas Poussin,

Portrait de l’artiste,

1649-1650

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Angèle Dequie

Consacrer la figure de l’artiste érudit

Partir de l’impression produite par l’œuvre : relever ce qui surprend ou retient l’attention en comparaison des précédents autoportraits. Observer comment l’artiste se représente (posture, vêtement, expression). Dans quel décor se met-il en scène, comment organise-t-il l’espace ? Peut-on en déduire une intention ?

Croiser avec l’analyse qu’en livre P. Sollers dans le cartel littéraire.

Cette œuvre de commande réalisée avec réticence pour son ami et mécène Chantelou est un manifeste qui tient lieu de traité de peinture. Poussin se représente sans complaisance, avec naturel et retenue, en excluant tout détail anecdotique évoquant le caractère manuel et mécanique du travail du peintre. Derrière lui, les tableaux retournés, les cadres qui ferment un espace abstrait évoquent le travail intellectuel et érudit de l’artiste se nourrissant de multiples références, son projet intellectuel précédant l’exécution d’une œuvre. Le recours au langage allégorique (la figure féminine étreinte par deux mains serait l’allégorie de la peinture et de l’amitié) incite le spectateur à une réflexion.

Pour Poussin la peinture est un art libéral qui engage l’esprit et non la main.

Elisabeth Louise Vigée Le Brun,

Madame Vigée - Le Brun et sa fille,

1786

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Franck Raux

Promouvoir la figure de la Femme artiste

Salle 4

Quelle place pour les femmes artistes ? Dans un espace artistique et social sous tutelle masculine, l’autoportrait est le lieu de l’affirmation de soi comme artiste et comme femme. Les autoportraits réalisés par deux d’entre elles à un siècle de distance témoignent de leur désir de reconnaissance.

Rapprocher les deux représentations afin d’observer les critères retenus :

Elisabeth Louise Vigée Le Brun se représente dans l’intimité et pose en mère aimante enlaçant tendrement sa fille. La scène familière, comme saisie sur le vif, installe par son naturel une impression de proximité avec le spectateur. Cette image de la tendresse maternelle frappe cependant les contemporains par sa modernité ce dont témoigne Barthélemy Mouffle D’Angerville (cartel littéraire).

        

Elisabeth-Sophie Chéron,

Portrait de l’artiste

 1672

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Franck Raux

 

Elisabeth-Sophie Chéron se représente dans une pose classicisante qui célèbre à la fois la belle jeune femme de 24 ans à la peau blanche et aux boucles brunes et l’artiste compétente tenant ostensiblement un dessin à la main.

Expliquer ce qu’est un morceau de réception :

admises à l’Académie royale de peinture et de sculpture, les deux artistes figurent au petit nombre des femmes ayant obtenu la reconnaissance de leurs pairs par cette prestigieuse appartenance. L’autoportrait d’ Elisabeth-Sophie Chéron est son morceau de réception et fut comme tel exposé au Louvre. Il existe cependant de nombreuses conditions restrictives parmi lesquelles l’interdiction de fréquenter les ateliers où des modèles posent nus. Les femmes artistes sont cantonnées dans des genres mineurs comme la nature morte.

En réalisant des portraits et des autoportraits, les femmes artistes s’affirment dignes de la représentation et accèdent à la renommée. Elisabeth Louise Vigée Le Brun s’est ainsi régulièrement livrée à l’exercice de l’autoportrait et a acquis une célébrité internationale en portraiturant la famille royale et l’aristocratie européenne.  

Avant la visite

Les thématiques abordées en Lettres (construction de soi dans le rapport aux autres et au monde : que choisit-on de faire partager ou de préserver dans la sphère intime ? Pourquoi et comment se représenter ?) nourrissent la visite. Celle-ci participe à l’acquisition de références et de méthodes d’analyse.

 

Activité en classe

Activité photographique :

  • La visite permet d’amorcer la constitution d’une collection d’autoportraits d’artistes rendant compte de la diversité du genre et des intentions. Dans la continuité de cette analyse, la production d’images, de selfies pourra être menée avec les élèves.
  • A partir de deux images de l’élève : un selfie et la photo de classe, il lui est demandé d’écrire : un récit autobiographique et anecdotique en lien avec le selfie et une notice à la troisième personne du singulier pour raconter sa biographie en lien avec la photo de classe.

Activité d’écriture :

  • A partir d’un autoportrait choisi, l’élève pourra écrire le monologue intérieur du personnage (sensations, émotions...). Il devra ensuite expliciter ses choix.
  • Un premier travail de recherche biographique sur Internet pourra alimenter un dossier sur la condition de la femme artiste. Une des femmes représentées dans l’exposition pourra être choisie par l’élève. Il imaginera ensuite son discours dans lequel elle revendique son statut d’artiste femme.

Illustrer un texte littéraire :

A partir d’un texte vu dans l’année, l’élève devra lui associer un tableau dans un rapport illustratif ou d’opposition et justifier son choix.

Analyse d’image :

A partir de portraits d’artistes photographiques ou peints, l’élève pourra faire ressortir les intentions de l’auteur et de la personne représentée. Dans un exposé à l’oral, il devra veiller à distinguer la description de l’interprétation.

Ressources complémentaires
Bibliographie
  • Histoire des arts avec le Louvre. Sous la direction de M Cassan . Co -édition Louvre Hatier. 2010
     
  • Catalogue de l’exposition : « Autoportraits de Rembrandt au selfie. » Snoeck éditions. 2016
     
  • L’Art de l’autoportrait : histoire et théorie d’un genre pictural, Calabrese, Omar.  Paris : Citadelles & Mazenod, 2006
     
  • La Femme auteur, Félicité de Genlis, Edition Folio

 

 

 

Textes : © Musée du Louvre / Anne Ferrière