Le passé recomposé : archéologie, ruines et BD

Présentation
Cette piste aborde successivement le goût des ruines, les trésors archéologiques, le métier d’archéologue et l'imaginaire des découvertes, le tout sous le regard de la bande dessinée.
Parti pris
On peut faire le choix de diviser la classe en groupes travaillant successivement sur chaque thématique. La synthèse se fait dans les salles ou en classe après la visite.
Public
Cette piste est destinée aux enseignants et aux élèves de lycée.
Objectifs
Observer ce que représente l’archéologie comme apport, d’une part aux savoirs historiques et scientifiques, d’autre part à l’imaginaire collectif et artistique. Susciter l’intérêt de l’élève par l’observation d’œuvres d’art.
Mots clefs
Archéologie, fouilles, Trésor, stratigraphie, bande dessinée
Matériel
Papier et crayon pour la prise de notes.
Parcours

Intérieur du Colisée

Hubert Robert
vers 1739

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

 

SALLE 1

Partir : du goût des ruines au relevé scientifique

Le goût des ruines se manifeste chez les Européens à partir du XVIIIe siècle. Artistes, voyageurs et savants s’intéressent dans un premier temps aux vestiges européens (Rome, Athènes…) puis à ceux d’un Bassin méditerranéen élargi (Egypte, Perse…). Si leur méthode oscille entre souci scientifique et rêverie artistique, ils n’en sont pas moins les précurseurs de l’archéologie moderne.

Après avoir observé les objets et documents de la salle, on invite les élèves à repérer les vestiges issus de civilisations distinctes (Le Colisée, l’Acropole, le plateau de Gizeh, le tell de Suse, Khorsabad…). On relie chaque monument à son aire de civilisation. Puis on s’intéresse au type de production : l’auteur fait-il preuve d’un souci de réalisme, d’un souci scientifique ? Quel rapport au réel entretient-il ? Quelles sont ses motivations ?

Cette approche comparative permet de distinguer :

  • la production artistique, dont les ‘’caprices’’ d’Hubert Robert, en lien avec le courant romantique de la fin du XVIIIe siècle, témoignent de la mélancolie du temps qui passe, de la fragilité des Hommes et de leurs créations ;
  • le dessin ou aquarelle qui montre un souci de réalisme, non sans une touche d’exotisme, en y intégrant par exemple des personnages locaux ;
  • le relevé à caractère scientifique, consigné dans un carnet de voyage ou journal de fouilles.


En regard, dans la salle, on mène la même approche comparative avec les planches de bande dessinée figurant des sites archéologiques.

Sabine

88-136 après J.-C.
Carthage (Tunisie) Marbre vers 126 après J.-C.



© 2018 Musée du Louvre

 


SALLE 2

 

Enfouir, perdre et retrouver

Après le temps de la (re)découverte des vestiges vient celui des fouilles qui permettent de mettre au jour de nombreux objets oubliés ou perdus. La part de hasard y joue souvent un rôle prépondérant et se prête ainsi aisément au récit.

Dans la salle 2, on observe attentivement l’œuvre et on l’associe, par ses canons de beauté, son drapé, le recours au marbre…, au monde gréco-romain. Grâce au cartel, on précise qu’il s’agit de la statue de Sabine, l’épouse de l’empereur romain Hadrien, et qu’elle a été trouvée à Carthage, dans l’actuelle Tunisie en 1874 (on rappelle l’extension maximale de l’empire romain autour de la mer Méditerranée au IIe siècle).
On revient ensuite sur son transfert vers la France et les péripéties qui s’ensuivent : le naufrage du bateau dans la rade de Toulon après son explosion en 1875, et la récupération d’une grande partie de la cargaison ; puis des campagnes de fouilles sous-marines entre 1995 et 1998 qui permet de retrouver la tête et quelques fragments manquants. Elle a retrouvé aujourd’hui une grande partie de son intégrité mais conserve les marques de brûlure sur son visage. Certaines œuvres ont donc une histoire mouvementée qui se prête au romanesque.


Dans la seconde alcôve, les élèves partent à la recherche d’autres objets, cette fois, enfouis sous terre.
On définit alors la notion de ‘’trésor’’ : un ensemble d’objets de valeur, perdus, cachés puis retrouvés, souvent par le hasard, avec une législation propre selon chaque pays comme c’est le cas pour toute fouille.

Pour chaque trésor, les élèves repèrent le lieu et l’époque d’origine, puis l’époque de la mise au jour. Ils s’intéressent ensuite plus particulièrement au contexte de l’enfouissement : acte volontaire, soit en signe de dévotion (clous de fondation), soit face à une catastrophe (éruption), ou à un acte accidentel (naufrage). Une mise en commun des réponses permet d’établir une typologie des situations.

En parallèle, les élèves repèrent dans la salle les planches de BD illustrant une découverte archéologique inattendue. En effet, par sa tension dramatique, son suspens, c’est un moment incontournable dans le récit. On fait relever les différentes situations et les réactions qui en découlent chez les personnages.

 

Stratigraphie de Suse
 


© 2018 Musée du Louvre
 

SALLE 3

Trier : un espace, des cultures

Peu à peu, à partir de la fin du XIXe siècle, une démarche scientifique s’impose en archéologie, tant dans les méthodes de fouilles que dans les modes de classements et de datations.

On s’intéresse dans cette salle à la vitrine stratigraphique de Suse. On localise le site dans un premier temps et on évalue sa durée d’occupation humaine. Après en avoir observé la scénographie, on rappelle aux élèves les principes de l’archéologie moderne : ôter les couches successives à partir de la surface du terrain. On définit la stratigraphie : terme emprunté à la géologie, qui étudie les différentes couches de terrain (ou strates) ainsi que leur succession et leur contenu. Puis on aborde les notions de datation absolue (le résultat chiffré pur un objet ou événement) et relative (les événements ou objets s’ordonnant chronologiquement les uns par rapport aux autres).

 

On s’attache plus précisément à trois objets : un bol de l’époque islamique, une inscription grecque d’époque séleucide et une tablette de la période élamite.

Bol de l’époque islamique
VIIe - VIIIe siècle
Iran, Suse
Céramique argileuse, décor moulé

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois

 

Inscription grecque de l’époque séleucide
330 avant J.-C. -141 avant J.-C.
Iran, Suse
Albâtre


© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Thierry Ollivier
 

Tablette de la période élamite
1500 - 1100 av. J.-C.
Iran, Suse


© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Thierry Ollivier
 

Les élèves retrouvent d’abord chaque objet dans la stratigraphie et le datent selon les deux modes de chronologie. Puis ils le rattachent à une aire culturelle. Ils s’interrogent alors sur la présence de chaque culture sur le site à une époque donnée. En appui, on peut montrer aux élèves des cartes de la Perse aux différentes époques évoquées.

En conclusion, on mène une réflexion sur la diversité et la richesse culturelle d’un site comme Suse. Un lieu peut-il se réduire à une seule culture ?

 

Cuve de cercueil en forme de momie

Egypte, bois peint, dorure
1295-1069 avant J.-C.



© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Georges Poncet


SALLE 4

 

Interpréter et rêver le passé

Après le temps des découvertes et des classements vient celui de l’interprétation : que nous apprennent des objets sur des civilisations passées ? Quête de vérité et imaginaire s’entremêlent dans cette dernière salle.

Les élèves relèvent dans la salle 4 mais aussi dans les autres salles les objets et personnages qui évoquent l’Egypte. On s’interroge sur leur grand nombre et on évoque alors la campagne d’Egypte conduite par Bonaparte à partir de 1798. Motivée par la rivalité franco-britannique pour la suprématie sur la région, l’expédition militaire est accompagnée par de nombreux savants et artistes, dont les découvertes sont à l’origine des collections égyptiennes du Louvre et d’un fort engouement du public français pour cette civilisation.

Au cœur de l’égyptomanie, la place privilégiée de la momie dans les musées et l’imaginaire collectif témoigne du goût du public pour les récits mythologiques et de voyages dans l’au-delà. La BD s’en empare à son tour et on invite les élèves à repérer dans la salle plusieurs représentations de momies : pour quelles raisons sont-elles animées ? Evoluent-elles dans leur contexte d’origine ou dans un autre ? Quels sentiments suscitent-elles chez le lecteur et pour quelles raisons ?


En conclusion, on s’arrête à la sortie de l’exposition sur le tableau d’Hubert Robert La Grande Galerie en ruines. On s’interroge sur la notion de temps qui passe et le devenir de notre propre quotidien.


 

Des prolongements

AU MUSEE
- Palais du roi Darius de Suse (aile Sully)
- Département des Antiquité égyptiennes (aile Sully)


EN CLASSE
1. Les missions archéologiques, autre facette de l’impérialisme ?
En lien avec le programme d’Histoire de :
- 1ère L/ES : « Le temps des dominations coloniale »
- Tle L/ES : « Les chemins de la puissance »

On reprend l’exemple, vu dans l’exposition, de la campagne d’Egypte menée par Bonaparte entre 1798 et 1801 et on rappelle qu’intérêts géopolitiques et scientifiques y sont étroitement mêlés.
Au CDI ou en salle informatique, les élèves font ensuite une recherche sur d’autres missions archéologiques menées aux XIXe et XXe siècles au Proche et Moyen orient. Après avoir localisé les sites et les dates des fouilles, ils dressent une courte biographie du savant-archéologue mandaté. Plusieurs pistes de réflexion peuvent alors être proposées :
- les objets mis au jour : sont-ils conservés, exposés in situ ou ont-ils été rapportés en Europe ? Quels bénéfices peut en tirer le nouveau pays dépositaire ?
- la présence européenne sur les sites : quelles formes peut prendre la présence étrangère ? (du ‘’savant-consul’’ du XIXe siècle à la création d’écoles ou de missions archéologiques françaises…). Quelle concurrence entre les nations ?
Pour conclure, on peut s’interroger sur le rayonnement de ces missions archéologiques, et se demander si cela  ne participe pas d’une forme d’impérialisme ou de manifestation de la puissance d’un Etat. (soft power).

2. Exposer ou cacher pour protéger ?
On reprend l’exemple, vu dans l’exposition, du trésor de Boscoreale enfoui dans une citerne pour être protégé face à l’imminence de l’éruption du Vésuve en 79 ap. J.-C. Oublié et perdu après la catastrophe naturelle, il n’en est pas moins conservé, ce qui permet de le retrouver intact en 1895.


Plusieurs pistes de réflexion peuvent alors être proposées :
- le devenir des objets ou vestiges mis au jour : comment concilier exposition au grand public et nécessaire conservation ?
- les sites menacés dans un contexte de conflit (Proche Orient, Afrique…) : quels acteurs et quelles actions pour les mettre à l’abri d’une destruction ? Les Etats, les organismes internationaux comme l'UNESCO ou l'ICOM.

 

 

EN LIGNE

Site officiel de l’archéologie française :
http://archeologie.culture.fr

Site de l’exposition au Grand Palais sur les monuments éternels :
https://www.grandpalais.fr/fr/article/lexposition-sites-eternels-se-poursuit-en-ligne


 

Cette piste a été rédigée par Sylvia Pramotton, professeur d’Histoire-Géographie au lycée Louis Armand à Paris, professeur relais pour l’académie de Paris au Musée du Louvre.