LA VICTOIRE DE SAMOTHRACE

Présentation
C’est au printemps 1863 que Charles Champoiseau, diplomate français en poste dans l’Empire otto-man, mène plusieurs campagnes de fouilles sur l’île grecque de Samothrace, au nord de la mer Égée. Il explore en particulier l’emplacement d’un ancien sanctuaire, abandonné à la fin de l’Antiquité, où il a été informé qu’il pourrait facilement mettre au jour des pièces intéressantes. Il y découvre le corps drapé d’une femme, haut de plus de deux mètres, ainsi que plusieurs fragments d’ailes qui l’incitent à identifier la statue comme celle d’une Victoire. Parvenus au Louvre l’année suivante, les différents fragments sont rapidement reconnus par les conservateurs du musée comme les témoins d’un chef-d’œuvre de la sculpture grecque, et il est décidé de présenter le corps mutilé dans la salle des Caryatides. Le choix de ne pas compléter une statue antique est alors une option courageuse. Installée au Louvre à la fin du XIXe siècle, la Victoire éveille l’intérêt de nombreux archéologues européens. Une équipe d’archéologues autrichiens comprend notamment, en étudiant plusieurs blocs restés en place dans le sanctuaire, comment le monument était agencé. Les blocs formaient la proue d’un navire sur lequel se dressait la statue, personnification de la Victoire sous les traits d’une déesse ailée, certainement offerte pour commémorer une victoire navale. Le transfert de ces blocs au musée du Louvre permet de procéder à une grande restauration entre 1880 et 1884. Le buste retrouve sa place sur le corps de la statue et les ailes sont reconstituées, mais il est décidé de laisser lacunaires la tête et les bras. Un badigeon de plâtre vient unifier l’ensemble, qui est transféré vers le palier supérieur de l’escalier Daru, conçu par Hector Lefuel dans le cadre de l’agrandissement du musée sous Napoléon III. On sait déjà que le monument était disposé à l’origine en oblique, afin d’être vu de trois quarts, mais le choix retenu est de le présenter de face, dans l’axe de l’escalier Daru. Ainsi placée en majesté, révélée au monde des savants et des amateurs, la Victoire de Samothrace acquiert dès lors une célébrité qui ne la quittera plus. La scénographie est modifiée entre 1932 et 1934 selon l’esthétique Art déco, et l’ensemble se voit doté d’un décor plus dépouillé. La statue est également rehaussée grâce à l’ajout d’un bloc de pierre destiné à la rendre visible depuis le bas des marches, dans une magistrale mise en scène de ce monument hellénistique. La dernière restauration, en 2014, a permis d’en savoir plus sur l’histoire de cette œuvre du IIe siècle avant notre ère, mais aussi de souligner le contraste entre le marbre gris de la proue du navire et le marbre blanc de Paros, le plus beau marbre statuaire grec, dans lequel est sculptée l’extraordinaire figure féminine dont la silhouette est devenue une véritable icône.
LA VICTOIRE DE SAMOTHRACE