L'invention de l'artiste

Présentation
Comment s’est construite la figure de l’artiste ? Le parcours éclaire ce processus historique d’individualisation de l’artiste, et des transformations de son statut social et intellectuel jusqu’à l’émergence de la figure contemporaine du génie créateur consacré par la critique d’art et le public sans cesse plus nombreux des Salons.
Parti pris
La démarche comparative et le recours aux cartels littéraires ont été privilégiés pour enrichir l’analyse.
Public
Cette piste s'adresse au lycée (classe de première).
Objectifs
Constituer un corpus d’œuvres de référence explorant les deux thématiques du programme.
Mots clefs
Artisan/Artiste. Statut/Figure d’artiste. Académie. Salon. Critique d’art
Matériel
Vous aurez besoin de papier, crayon, tablette, pour la prise de notes.
Parcours

Stèle du chef des artisans,

Scribe et sculpteur Irtysen,

Règne de Nébhépertê-Montouhotep, 2033-1982 avant J.-C, 11ème dynastie

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Christian Décamps

Sortir de l’anonymat des artisans : dédicace et signature

Salle 1

Comparer deux réalisations artistiques produites à des époques et dans des aires culturelles éloignées afin de prendre la mesure des similitudes quant au contexte de création des œuvres d’art et à la place de l’artiste dans la société.

Stèle d’Irtysen : préciser la date et la nature de l’œuvre ; décrire les différents registres (texte hiéroglyphique de la dédicace, scènes figurées montrant Irtysen et sa femme Hepou recevant des offrandes funéraires) ; Lire la traduction de la dédicace. [cartel signature à proximité de l’oeuvre] A qui est-elle destinée ? Que nous apprend-elle sur l’auteur de la stèle ? En quoi est-ce une source remarquable ?

       

Ciboire signé de Maitre Alpais,

1200 après J.-C

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

 

Ciboire de Maître Alpais : préciser la date et la nature de l’œuvre ; Observer les deux coupes dont se compose le ciboire, leur abondante iconographie (bustes d’anges, de prophètes et des douze apôtres inscrits dans des losanges), la technique de l’émail champlevé spécialité limousine. Connaît-on l’auteur de ce chef d’œuvre de l’orfèvrerie médiévale ?

Que peut-on en déduire ? Revendiquer la paternité d’une œuvre par la dédicace ou la signature est une démarche exceptionnelle car l’essentiel de la production artistique est, en Egypte antique comme dans l’Occident médiéval le fait d’artisans anonymes travaillant en équipes pour les puissants, au sein d’ateliers ou de métiers (Maître Alpais). Comment l’interpréter : manifestation de la fierté d’un virtuose ou affirmation d’une conscience d’artiste ?

Jean Fouquet,

Autoportrait,

Vers 1450

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Martine Beck-Coppola

Se forger une identité, affirmer le statut de l’artiste dans la société

Salle 2

L’apparition à la fin du Moyen Age de l’autoportrait associé à la signature de l’artiste  manifeste une conscience de soi, une aspiration à s’affirmer comme individu et à conquérir un nouveau statut social en accédant à la dignité de la représentation.

  • En quoi l’autoportrait de Jean Fouquet est-il représentatif de ces transformations ?

Faire relever ses caractéristiques : sa technique (émail peint), sa forme (un tondo initialement intégré au cadre d’un diptyque), les choix de l’artiste pour se représenter (en léger trois quarts et en buste, sur fond noir, le visage grave), l’inscription de son prénom et de son nom autour de sa tête (revendication de la paternité de l’œuvre). Ce portrait- signature est le premier autoportrait d’un peintre isolé et non plus intégré à une composition.

La salle 2 se présente comme une galerie d’autoportraits reflétant la naissance et l’évolution de ce genre pictural dans l’art européen du 15e au 19e siècle. Donner aux élèves un temps d’observation libre pour répertorier les codes du genre :

  • Quelle représentation, quelle posture sont privilégiés ? (en buste, à mi-corps, de face, de trois-quarts…) Où est orienté le regard ? Des objets ou attributs sont-ils représentés ? Quel code vestimentaire ? Quel arrière-plan, lieu ou contexte ? Quels effets de lumière ?

L’image qu’un artiste livre de lui-même est un indice de son statut et de ses réflexions sur l’acte créateur. A travers la sélection proposée dans la salle, dégager les différentes visées et enjeux de l’autoportrait, entre aspiration à la reconnaissance sociale, démonstration d’un savoir-faire artistique, manifeste de l’art de peindre, introspection.

On pourra se reporter à la piste proposée sur l’autoportrait (lien vers la piste Collège) pour approfondir cette thématique et faire un travail en petits groupes pour dégager une typologie.

Anonyme

Cinq maitres de la Renaissance florentine

1500-1550

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Tony Querrec

Accéder à la renommée : les biographies d’artiste

Salle 3

Le mouvement de promotion sociale des artistes connaît une vigueur particulière dans le cadre des cours princières de la Renaissance.

On rapprochera la représentation de cinq maîtres de la Renaissance florentine des biographies que leur consacre Giorgio VASARI dans son ouvrage Les Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes [1550 ; 1568].

Identifier les cinq maîtres. Rappeler que s’ils sont tous natifs de la cité et actifs à Florence sans être tous contemporains (Giotto est antérieur),  ce portrait de groupe les associe dans un même hommage : chacun a contribué à la gloire de la cité.

  • A qui Vasari attribue-t-il le tableau (cartel littéraire) ? Cette attribution est-elle validée aujourd’hui ? Que penser des anecdotes ponctuant l’ouvrage de Vasari ? Quelles sont les intentions de l’auteur ?

L’ambitieux ouvrage de Vasari rassemble des dizaines de notices sur les principaux artistes italiens depuis Cimabue jusqu’à Michel-Ange. Il est le père fondateur de l’histoire de l’art. Son intention est de faire accéder les artistes à une renommée jusqu’alors réservée aux puissants. Il contribue à réévaluer leur place dans la société : une place reconnue, comme celle du prince et des poètes.

Rappeler que le projet Vasarien s’inspire entre autres du modèle de L’histoire naturelle de Pline l’ancien qui demeure une source pour connaître les artistes de l’Antiquité parmi lesquels le sculpteur Praxitèle évoqué dans la même salle. 

     

Nicolas de Largillierre, Charles Le Brun, 1683-86

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Franck Raux

   

J B Martin: Une assemblée ordinaire de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture au Louvre, 1712-1721

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Adrien Didierjean

 

Consacrer la figure de l’artiste lettré : les académies

Salle 4

Les premières académies artistiques voient le jour en Italie au 16e siècle puis fleurissent en Europe sur ce modèle. Elles contribuent à la valorisation de l’artiste comme en témoigne le portrait de Charles Le Brun par Nicolas de Largillierre.

D’après le cartel littéraire, qu’est-ce qu’un morceau de réception ? Quel en est le sujet imposé ? Décrire l’attitude, la gestuelle, les vêtements du modèle. Identifier les objets dont il s’entoure (copies d’antiques comme le Gladiateur Borghèse ou  la Tête de Vitellius, évocation de ses réalisations  pour le décor de la galerie des glaces..). A quel type de représentation s’apparente ce portrait ?

Le portrait affirme par son faste une volonté de distinction sociale et reflète les aspirations intellectuelles des artistes. Le Brun appartient à ces quelques figures d’exception à l’ascension prodigieuse. « Peintre du roi », académicien puis directeur de l’Académie de peinture et de sculpture, anobli et largement pensionné, il incarne la nouvelle figure de l’artiste lettré.

Les académies ont participé à l’émancipation de l’artiste en élevant la peinture, la sculpture et l’architecture au rang des arts libéraux et en affranchissant les artistes du joug des métiers. En France, l’Académie royale de peinture et de sculpture fondée en 1648 développe un enseignement raisonné du dessin et propose un cursus de formation. Elle instaure des conférences valorisant la part intellectuelle du travail de l’artiste. Le Brun donne lui-même deux d’entre elles consacrées à l’expression des passions dont l’influence se fait sentir jusqu’au 19e siècle.

  • On pourra compléter l’évocation de l’Académie royale de peinture et de sculpture avec cette œuvre montrant l’installation des académiciens dans l’actuel salon de Diane où se tiennent au Louvre les séances depuis 1712 (voir le cartel littéraire). Faire observer les moulages d’antiques et les morceaux de réception. On distingue le tableau de Nicolas de Largillierre exposé au fond du salon de Diane.

François-Joseph Heim

Charles X distribuant des médailles aux artistes exposants du Salon de 1824

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Etape 5 : Asseoir la notoriété de l’artiste : les Salons

Salle 4

Dès le 17e siècle, l’Académie royale de peinture et de sculpture organise des expositions publiques réservées aux œuvres de ses membres. Elles deviennent régulières (annuelles puis bisannuelles) au 18e siècle et prennent le nom de Salon en référence au Salon carré du Louvre où elles se tiennent. Ainsi naît un mode de divulgation publique de la production artistique qui deviendra un modèle en Europe.

L’œuvre de François-Joseph Heim est à la fois un témoignage de l’évènement et de l’enjeu qu’il représente pour les artistes. Décrire la scène (une manifestation culturelle et mondaine,  un public choisi d’académiciens et d’artistes aspirant à le devenir entourent le roi et le sculpteur récompensé, un petit nombre de femmes). Comment s’organise l’espace ? (abondance des œuvres dans un lieu restreint, cohabitation des peintures et des sculptures, densité de l’accrochage). Quel est le commanditaire de l’œuvre et où est-elle exposée ? (commande faite par le roi Charles X à François-Joseph Heim, lui-même décoré lors du Salon de 1824. Son tableau fut exposé au Salon de 1827 comme l’indique le cartel littéraire. Il fut élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1829). Le Salon est ainsi un enjeu pour la carrière des artistes, un lieu de visibilité où s’acquiert la notoriété.

Il est en effet un marché de l’art où se retrouvent commanditaires et acquéreurs. Nouvel acteur de la scène artistique, le public s’y presse sans cesse plus nombreux. Il convient de l’éclairer. On lui remet à cette fin un livret identifiant les pièces exposées. D’abord factuels, les comptes rendus deviennent analytiques donnant naissance à la critique d’art, un nouveau genre littéraire dans lequel s’illustre Denis Diderot.

  • On pourra revenir dans la salle 1 pour prendre connaissance de l’analyse que consacre Diderot au tableau d’Anne Vallayer-Coster : Les Attributs de la peinture, de la sculpture et de l’architecture.

Prolongement collections permanentes

Identifier au sein du parcours « Du palais au musée, huit siècles d’Histoire » la présentation du Salon Carré attribué en 1725 à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Le lieu a baptisé l’exposition des travaux de ses membres.

https://www.louvre.fr/routes/du-palais-au-mus%C3%A9e

Avant la visite

Proposition de préparation en amont :

Soit sous forme de ressources et/ou d’activités en classe. Texte, plus si besoin visuel et/ou document spécifique

Après la visite

Activité en classe 

Focus sur l’émergence d’un nouveau genre littéraire, la critique d’art : quelle approche de l’œuvre d’art privilégie Denis Diderot dans ses comptes rendus des Salons ?

Ressources complémentaires
En ligne

Lien vers le site du musée du Louvre: 

https://www.louvre.fr/

Bibliographie
  • Histoire des arts avec le Louvre. Sous la direction de M Cassan . Co-édition Louvre Hatier. 2010.
  • Les Salons de Diderot : théorie et écriture. P. Frantz, E Lavezzi. PU Paris-Sorbonne. 2008

 

 

 

Textes : © Musée du Louvre / Anne Ferrière