Matériaux rares et objets précieux en Egypte

Présentation
L’Egypte est riche d’une grande variété de matériaux : minerais, métaux et pierres précieuses. Toutefois elle s’insère dans les échanges qui animent le commerce entre l’Afrique, le Proche-Orient et la Méditerranée orientale afin de s’approvisionner en produits rares : bois de qualité pour la construction et les meubles, l’ivoire d’éléphant, le lapis-lazuli prisé des élites pour les bijoux ou encore l’argent considéré comme plus précieux que l’or.
Localisation
Les œuvres qui constituent ce parcours sont situées dans le Département des Antiquités Egyptiennes, de la salle 334 à la salle 320.
Mots clefs
Ivoire, ébène, lapis-lazuli, cornaline, faïence, trésor, cèdre.
Parti pris
Le parcours présente 5 œuvres, chacune dans un matériau rare en Egypte. Cette diversité permet de dresser une carte des circulations en Méditerranée orientale des matériaux convoités par les Egyptiens et renseigne sur les liens commerciaux anciens tissés entre l’Egypte, ses voisins africains et les peuples du Proche-Orient.
Parcours

Fragment d’un pagne (jupe) de statuette masculine
1550-1069 avant J.-C.
Ebène et ivoire

AF 13485

© 2013 Musée du Louvre / Antiquités égyptiennes

L’ébène : un bois noir importé d’Afrique 
Salle 334

L’ébène est un bois de cœur noir particulièrement robuste. L'ébène appartient à la famille des Ebénacées et une dizaine d’espèces donne un bois noir de belle qualité. Tout comme le cèdre, l’ébène est un matériau rare recherché par l’élite égyptienne. Les auteurs anciens nous renseignent sur sa provenance. Selon Hérodote (5ème siècle avant J.-C), l’ébène vient d’Ethiopie. Quant à Théophraste (4ème siècle avant J.-C.), il ajoute l’Inde comme source d’approvisionnement. Matériau luxueux, l’ébène arrive en Nubie (Soudan actuel) qui contrôle une partie des échanges commerciaux avec l’Afrique. L’expansion militaire égyptienne facilite l’accès et le contrôle de ces circuits d’échanges. C’est en effet sous le règne du Pharaon Sésostris III (1862-1843 avant J.-C) que la Nubie est officiellement intégrée au territoire égyptien.

Si l’ébène fournit un riche mobilier funéraire, il peut être associé, comme sur ce fragment de statuette, à un autre matériau rare et convoité : l’ivoire qui suit les mêmes routes commerciales. En associant ces deux matériaux, l’artisan joue des contrastes de couleur entre le noir du bois et le crémeux de l’ivoire. Il alterne les incrustations de petites plaques et fines lamelles d’ébène et d’ivoire qui composent le délicat décor géométriqu du pagne du personnage. Ce fragment rappelle la maitrise de l’art de la tabletterie par les artisans égyptiens.
 

 

Collier de perles
Cimetière de Zaouiyet el-Mayetin (moyenne Egypte) ; époque de Nagada II (3500-3100 avant J.-C)
Lapis-lazuli, cornaline

E 11443

© 2002 Musée du Louvre / Christian Décamps

Lapis et cornaline : des pierres convoitées pour leur couleur 
Salle 330

Ce collier se compose de deux pierres rares parmi les plus appréciées des Egyptiens au cours de leur longue histoire et souvent associées : le lapis-lazuli au bleu profond et la cornaline rouge-orangé. Découverte dans une tombe lors des fouilles du cimetière de Zaouiet el-Mayetin, cette parure, objet de prestige accompagnait le défunt dans l’au-delà. Sa datation, entre 3500 et 3100 avant J.-C. renvoie à la fin de la préhistoire, période dite de Nagada II du nom de la civilisation qui se développa le long du Nil. Elle suggère l’existence ancienne d’échanges avec l’Orient.

Le lapis-lazuli convoité durant toute l’histoire égyptienne fait l’objet d’un commerce avec la Mésopotamie, région située entre le Tigre et l’Euphrate (Irak actuelle). Provenant du nord-est de l’Iran et d’Afghanistan, il transite probablement par voie terrestre jusqu’au territoire mésopotamien dont les marchands contrôlent la route avant d’exporter par mer ce matériau prestigieux que les Egyptiens considèrent comme une pierre précieuse.

La cornaline est tout autant convoitée. Si elle est présente dans le Sinai, désert au nord-est de l’Egypte, elle peut également avoir été extraite de gisements indiens. La cornaline faisait en effet l’objet d’un commerce lointain par terre ou par mer à travers le golfe persique, lui aussi dominé par les Mésopotamiens. Le lapis-lazuli et la cornaline sont investis d’une forte valeur symbolique. Ils composent les bijoux des vivants qu’ils protègent et participent à la renaissance des morts qu’ils accompagnent dans l’au-delà. C’est probablement à cette fonction que notre collier est voué.
 

Fragment de collier de perles
1550-1069 avant J.-C.
Faience siliceuse, verre

AF 2631 B

© 2002 Musée du Louvre / Christian Décamps

Imiter les pierres colorées : la faience égyptienne 
Salle 330

Le lapis-lazuli et la turquoise sont des pierres très prisées et recherchées par les égyptiens pour leur brillance et leur pouvoir symbolique. Elles restent rares même si des gisements de turquoise sont exploités dans le Sinai au nord-est de l’Egypte. Les textes indiquent cependant l’existence de « fabricants de lapis-lazuli ». Il s’agit probablement de ces bijoutiers qui ont répondu à la demande des élites en substituant aux lapis-lazuli et à la turquoise la faience ou le verre coloré dans la composition de leurs bijoux.

Ce collier composé de grosses perles en verre et en faience, alternant le bleu foncé et le bleu clair représente un bon exemple de l’art du simulacre des artisans égyptiens. Utilisant des matériaux artificiels, ils satisfont une élite qui recherche avant tout les effets colorés des pierres plus que l’authenticité du matériau. Ce procédé de substitution se retrouve sur certains bijoux les plus précieux et prestigieux comme ceux retrouvés dans le Sérapeum de Memphis ((cimetière dédié au dieu taureau Apis), au temps du Pharaon Ramsès II (1279-1213 avant J.-C.), conservés dans les collections égyptiennes du musée du Louvre (salle 642 vitrine 3).

 

Eléments du Trésor de Tôd 
Tôd (Haute-Egypte) ; Règne d’Amenemhat II (1901-1866 avant J.-C.)
Bronze, alliage cuivreux, améthyste, argent, bleu égyptien, cornaline, lapis-lazuli

E 15128 à E 15318

© 2013 Musée du Louvre / Christian Décamps

Réunir des matériaux précieux pour satisfaire les Dieux : le Trésor de Tod
 
Le « Trésor » de Tôd présente un ensemble de pièces ouvragées et de matériaux bruts étrangers à l’Egypte composé essentiellement en argent et lapis-lazuli. L’archéologue Bisson de La Roque le découvre en 1936 sous les fondations du temple dédié au dieu guerrier Montou par le pharaon Sésostris I (1934-1898 avant J.-C.). Le dépôt est cependant l’œuvre de son fils Amenemhat II (1898-1866 avant J.-C). Le terme de « Trésor » revêt un sens particulier dans le vocabulaire de l’archéologue : un dépôt volontaire d’objets précieux pour honorer les dieux et dans le cas du dieu Montou, obtenir sa protection contre les ennemis extérieurs. Il peut s’agir aussi d’un acte de piété filiale d’Amenemhat envers son père. L’étude du trésor renseigne sur la provenance des amulettes, des sceaux-cylindres et des perles en lapis-lazuli par leur type mésopotamien, syrien et iranien.

Le lapis-lazuli provenant du nord-est iranien et d’Afghanistan traverse l’Asie centrale pour rejoindre les cités de Mésopotamie (Irak actuelle) et la côte orientale de la Méditerranée. L’argent, considéré par les Egyptiens comme plus précieux que l’or, est décliné sous forme de lingots, de chaines, de bols et de coupes pour la plupart pliées. L’analyse de l’argent renvoie aux mines d’Anatolie (Turquie actuelle) mais l’aspect de cette vaisselle semble correspondre par son style à une production ou à un modèle crétois. Ces coupes proviennent-elles de Crête ou sont-elles fabriquées au Proche-Orient ?. Si le Trésor n’a pas révélé tous ces mystères, il témoigne des relations commerciales et diplomatiques entre l’Egypte, le Proche-Orient et la Méditerranée orientale au IIème millénaire.

Coffret à serviteurs funéraires carré
1500- 1425 avant J.-C.
Cèdre

N 2692

© 2017 Musée du Louvre / Hervé Lewandowski

Le cèdre, un bois rare venu du Liban 
Salle 320 : Les tombes
 
L’Egypte manque de grands arbres et de bois de qualité supérieure à l’acacia, au karité ou au sycomore, essences couramment utilisées par les artisans. Parmi ces bois, le cèdre, très apprécié des Egyptiens mais aussi des peuples du Proche-Orient fait l’objet d’un commerce ancien. Ses qualités en font un matériau inestimable. Il est imputrescible, solide, de belle couleur et l’odeur de sa résine est prisée. Il est convoité par les Egyptiens pour la construction navale mais aussi pour satisfaire les dieux. Matériau rare et donc précieux, ce bois circule en Méditerranée orientale.

Dès 3000 avant J.-C., les pharaons organisent des expéditions pour se procurer ce produit de luxe provenant des montagnes du Liban. Les arbres, une fois abattus, étaient probablement transportés jusqu’au port de Byblos (côte de la Phénicie, Liban actuel) puis chargés sur des navires égyptiens. Si le cèdre est destiné à la construction de la flotte de Pharaon, à la charpente et aux portes des temples, les artisans ont aussi utilisé ce bois rare pour sculpter des objets de petite taille. Le coffret, ici présenté et destiné au mobilier de la tombe, contenait les serviteurs du défunt qui réalisaient magiquement les corvées dans l’au-delà. Sur une des faces, quatre génies accroupis sont représentés vêtus d’une gaine, associés au signe Ankh symbole de vie éternelle.

 

Textes : © Musée du Louvre / Florence Dinet
Image : © 2015 Musée du Louvre / Christian Décamps