Les œuvres de l'exposition

Entr’acte

René Lucien Chaumette dit René Clair (Paris, 1898 - Neuilly sur Seine, 1981) Film Paris, Musée National d’Art Moderne - Centre Pompidou
1924

Premier film diffusé pendant un spectacle de danse, Entr’acte a été projeté le 4 décembre 1924 au théâtre des Champs-Elysées à l’occasion d’une présentation de Relâche par les Ballets suédois. Le film est une suite de scènes surréalistes juxtaposant plusieurs récits comme dans un spectacle de foire : chasseur sur un toit, pompes funèbres, danseuse barbue.

 

Sur une musique d’Erik Satie et un scénario de Francis Picabia, René Clair réunissait comme acteurs Jean Börlin, Marcel Duchamp, Rolf de Maré et Picabia et Satie eux-mêmes et composait un film résolument dadaïste. Les ballets suédois financés par l’industriel Rolf de Maré, et sous la direction du chorégraphe Jean Börlin proposèrent de 1920 à 1925 au théâtre des Champs Elysées des spectacles, véritables vitrines des avant-gardes du moment. Les livrets sont commandés à Paul Claudel, Luigi Pirandello, Blaise Cendrars, Jean Cocteau ou Picabia. Les musiques sont d’Arthur Honneger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Cole Porter ou Satie. Les décors et costumes sont signés Giorgio De Chirico, Pierre Bonnard ou Fernand Leger.

Le film de René Clair doit se comprendre dans ce contexte particulier. La première partie se passe sur le toit et autour du théâtre des Champs-Elysées comme si le spectateur assistait à un vrai moment de pose durant le spectacle de danse. La deuxième partie commence par un enterrement grave qui devient grotesque quand le corbillard s’échappe. René Clair joue de plusieurs codes de représentation. La ballerine multipliant les poses est devenue un sujet classique ici tourné en dérision avec une danseuse barbue, clin d’oeil aux spectacles populaires de foire. La scène des allumettes, des ballons ou la fin où apparaît un magicien à travers l’écran évoquent l’univers cinématographique de Georges Méliès. Foire, fêtes foraines avec tir forain et montagnes russes relèvent de la catégorie des réalités spectaculaires du 20e siècle : le spectateur est assailli d’impressions fugaces qui s’accumulent pour former un monde visuel particulier. La danseuse vue depuis un sol transparent n’est pas sans rappeler, avec un détournement emprunt de voyeurisme, les expériences proposées par Loïe Fuller et ses imitatrices dansant sur une vitre éclairée par-dessous par des projecteurs. Les scènes de gens courant au ralenti évoquent les recherches de la chronophotographie à prétention scientifique mais ici détournées pour mieux souligner le comique de la situation. Avec Entr'acte René Clair amuse un spectateur rompu aux codes et déconstruction des avant-gardes.

 

 

© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Droits réservés
©1924 Entracte – René Clair  - Fondation Jérôme Seydoux-Pathé