Les œuvres de l'exposition

Le porche mamlouk

Arts de l'Islam DENON, PARTERRE, SALLE 186 Musée du Louvre


Le porche mamlouk

Au printemps 1889, un bateau à vapeur en provenance de Port-Saïd accoste au Havre. Sa cargaison renferme un important ensemble lapidaire destiné à l’Union centrale des Arts décoratifs, estampillé « don de M. de Saint-Maurice ». Il s’agit d’un ensemble d’environ trois cents pierres qui constituaient auparavant la voûte d’une structure d’accès à une prestigieuse demeure médiévale cairote. Destinées à être remontées dans la « rue arabe » de l’Exposition universelle de 1889, où le monde devait découvrir la tour Eiffel, les pierres ne furent finalement pas exposées et tombèrent dans l’oubli pendant plus d’un siècle.

 

Gaston de Saint-Maurice, un Français établi au Caire qui servit comme grand écuyer du vice-roi d’Égypte, le khédive Ismaïl, était le responsable de la modernisation haussmannienne du Caire, et supervisa à ce titre la destruction de plusieurs édifices anciens. Il est très probable que ce grand collectionneur d’art islamique récupéra les pierres du porche lors de la démolition du bâtiment d’origine, les destinant peut-être à sa résidence cairote, célèbre pour ses remplois architecturaux.

 

Lors de la redécouverte des pierres du porche à la fin du 20e siècle dans les réserves de l’actuel musée des Arts décoratifs à Paris, on y vit d’abord les fragments d’un monument chrétien médiéval ou néo médiéval. Une partie d’entre elles avaient même été expédiées au musée des Beaux-Arts de Béziers, ce qui compliqua grandement leur interprétation. En reconstituant l’ensemble, on y reconnut vite des blocs provenant d’un édifice islamique médiéval, probablement mamlouk. L’étude fut complétée par la découverte d’une série de dessins, certains exécutés par l’architecte Jules Bourgoin et portant la mention « Kasr Roumy », précisant la structure du porche avant son démontage au Caire. Le redéploiement des collections du département des Arts de l’Islam du musée du Louvre a été l’occasion de mener à bien le travail de remontage, à partir de 2006, avec l’objectif d’intégrer ce puzzle de cinq tonnes dans les futures salles de la cour Visconti.

 

Inaugurés en septembre 2012, les nouveaux espaces ont fait une place de choix aux pierres du porche, lequel demeure l’unique exemple d’architecture mamlouke d’une telle ampleur conservé dans un musée. Le remontage, proprement titanesque, a permis de mieux connaître cet ensemble dont l’emplacement d’origine précis, tout comme le commanditaire, demeurent hélas inconnus. La structure et le décor du porche ont pour leur part permis d’affiner sa datation, désormais fixée au 15e siècle, probablement sous le règne du sultan Qaytbay (1468-1496).

 

Une hypothèse récente propose d’y voir le vestibule du Palais patriarcal copte situé dans le quartier de Harat al-Rumi, démantelé à cette époque, et dont des éléments ont été remployés au musée Copte du Caire, construit en 1908-1910. Pour les visiteurs modernes du musée du Louvre, le fait de passer sous le porche mamlouk reconstitué aide à imaginer ce que pouvait être la ville médiévale la plus importante du monde islamique.

 

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hervé Lewandowski