Les œuvres de l'exposition

Tête et torse du Laocoon du Vatican

Plâtre et bois Tirage partiel d’après un surmoulage d’un plâtre du groupe du Vatican Musée du Louvre, Gypsothèque des Petites écuries du Roi à Versailles
Fin du 19e siècle ou début du 20e siècle
H. 1,12 m x L. 57 cm


Le visage renversé, les sourcils froncés, la torsion violente du torse comme le creusement de l’abdomen expriment la douleur et le renoncement. Selon le récit de cet épisode de la Guerre de Troie qu’en fait Virgile dans l’Enéide au premier siècle avant J.-C., Laocoon, prêtre d’Apollon, suffoque, étouffé par deux serpents monstrueux envoyés par Poséidon. Ce tirage partiel en plâtre du personnage principal du célèbre groupe de Laocoon et ses fils du Vatican servit à l’enseignement et témoigne de l’importance de cette œuvre dans la culture européenne.  

 

L’original qu’il cite fut découvert en 1506 à Rome dans la Villa de Néron et fit sensation. Considéré comme l’une des rares sculptures grecques conservées citées par la littérature antique, attribué par Pline l’Ancien à trois sculpteurs de Rhodes – Hagèsandros, Polydôros et Athanadôros-  restauré par Michel-Ange, le Laocoon fut très vite reproduit et imité, modèle indépassable de l’expression des passions.

Tout artiste de l’Europe moderne apprenait à dessiner à partir de ses reproductions : gravures, estampes, réductions en bronze ou tirages complets ou partiels en plâtre multiplièrent sa silhouette. On citera les dessins de Michel-Ange, de Raphaël ou de Rubens, les grands bronzes exécutés sous la direction de Primatice pour François Ier en 1543 ou celui fondu par Balthazar Keller pour Louis XIV en 1687 comme les nombreuses réductions attestées dans plusieurs collections royales ou privées.

Les différentes académies européennes sont à l’origine des exercices – dessins, reproductions réduites à la tête ou au torse - imposés aux élèves artistes d’après des plâtres qui servirent de modèle, bien plus que le groupe original conservé au Vatican dans la cour du Belvédère.

Transporté au Louvre en 1798 par les armées napoléoniennes, exposé à Paris jusqu’à sa restitution en 1815, le groupe original fut moulé en France dès 1802 par l’atelier de moulage du musée créé en 1794 pour diffuser les modèles des œuvres « arrachées » à la papauté. À la version intégrale en plâtre du groupe très onéreuse, sont parfois préférés des tirages partiels mieux adaptés à l’étude de l’anatomie et de l’expression. Ce tirage de la fin du 19e siècle supprime le bras droit ou la cuisse droite portant les anneaux de l’un des serpents, quittant ainsi l’anecdote au profit de l’expressivité d’un corps souffrant. 

 

© Hervé Lewandowski